Actualité théâtrale

Théâtre Nanterre-Amandiers, jusqu’au 27 avril 2013

"Torquato Tasso" Texte Johann Wolgang von Goethe - Mise en scène Guillaume Delaveau

En 1570, dans le Duché de Ferrare, le poète Torquato Tasso est un créateur de génie mais un être inapte à la mesure. Sur le point d’achever une œuvre poétique qui devrait faire date, il est soutenu par le Duc Alphonse II, soucieux de développer sa politique en encourageant la création d’œuvres d’art.
Torquato Tasso est dans cette perspective, au premier rang du projet dont l’objectif est de donner la priorité à la culture de l’esprit.
Reconnu par le Duc, le poète est en retour tributaire des règles en place et sa liberté créatrice s’accommode mal des contraintes auxquelles il est soumis, des codes qui règnent à la cour.
Si son art est reconnu par la société de Ferrare, son comportement singulier dérange.
Considéré comme fou, il est voué à l’exil avant d’être abandonné. Pourtant, sa chute oblige la Cour à constater une crise culturelle profonde.
Il laisse ouverte la question de l’artiste face à un pouvoir qui cherche à l’assujettir.
L’amour qu’il éprouve pour Léonor, la sœur du Duc, l’aura, en plus de ses tourments créatifs, plongé dans une profonde détresse.

Quand on compare la mise en scène de Guillaume Delaveau à celles qu’on peut voir actuellement sur d’autres plateaux parisiens (Robert Lepage aux Ateliers Berthier, entre autres) on fait le constat que ce metteur en scène qui vient de l’Ecole du Théâtre national de Strasbourg, travaille à contre-courant des tendances actuelles.
Aucune vidéo n’apparaît pendant les deux heures trente que dure le spectacle, aucun fumigène n’embrume la scène, aucune nudité, pas plus qu’il n’agrémente sa mise en scène de savantes et spectaculaires démonstrations techniques.
Le décor est le même de bout en bout (à l’exception d’un panneau au milieu du plateau qui permet deux scènes au cours desquelles les personnages jouent en "off", hors de la vue du public). Il est constitué de murs "lie de vin" ou roses, de lambeaux de pelouse au sol, de quelques meubles cossus et de hautes vasques contenant des fleurs colorées.

Guillaume Delaveau a opté pour une mise en scène fluide, rigoureuse, sans tapage d’aucune sorte, qui distille une émotion mesurée. Juste assez pour que les personnages laissent apparaître leur humanité.
Mais pour être sobre, sa mise en scène n’en est pas pour autant sage et ses audaces (les scènes derrière un panneau, l’intervention le temps qu’il faut, d’un aspirateur pour débarrasser le sol de débris de verre) sans jamais être systématiques, viennent jeter un léger trouble dans le rendu des partitions impeccables des comédiens.
Si l’ensemble de la distribution se cantonne dans une rigueur classique très efficace, le personnage de Torquato Tasso, discrètement en décalage, apporte une rupture de ton toute en nuances. Ni sale gosse, ni provocateur, il est dans la douloureuse opposition à l’ordre établi, et Ivan Hérisson, son interprète, sans forcer le trait, en fait un personnage très contemporain.

Le public applaudit abondamment sauf les quelques-uns qui ont eu tort de quitter leur fauteuil prématurément. Un très beau spectacle exigeant et savoureux.
Francis Dubois

Théâtre Nanterre-Amandiers
7, avenue Pablo Picasso 92 022 Nanterre.

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) 01 46 14 70 00
www.nanterre-amandiers.com

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