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Un film d’Helvécio Marins Jr et Clarissa Campolina (Brésil)

"Tourbillon" Sortie en salles le 15 août 2012

A plus de 80 ans, Bastu vit au rythme des fêtes de son village, de la musique traditionnelle dont elle est friande, et de la danse. Elle aime la poésie et sa vie a reposé en grande partie sur son goût pour le surréalisme et sur le rêve.

Elle se souvient d’avoir pleuré une seule fois dans sa vie, mais c’était il y a longtemps. Elle n’a jamais récidivé parce qu’elle a toujours fait confiance à l’existence et parce qu’avec Féliciano, ils se sont, dès le moment de leur rencontre, promis de ne jamais se laisser aller à la tristesse.

Ainsi, lorsque son vieux compagnon s’éteint dans son sommeil, elle ne laisse rien paraître, ne change rien à sa vie, conserve intacts tout son humour, la même envie de s’amuser et le même appétit de vivre.

Mais les apparences masquent une peine réelle et un travail de deuil complexe.

Durant les jours qui suivent la mort de Feliciano, elle entend le bruit de ses outils résonner encore dans son atelier de maréchal ferrant. Il lui faudra franchir plusieurs étapes avant d’arriver à vider l’armoire des affaires de son mari, avant d’aller les jeter dans l’eau du fleuve, de faire table rase des outils et d’installer sa machine à coudre à leur place.

Dans la veine ethnographique nourrie de musique locale et des merveilleux chants de Maria, l’amie de Bastu, les réalisateurs qui ont opté pour le réalisme magique, font référence aux univers des romanciers tels que Joào Guimaraès Rosa et Gabriel Garcia Marques.

Les personnages y sont conformes, les ambiances, les paysages et les décors, les intérieurs et surtout ce qui lie ou ne lie pas les personnages entre eux.

L’élégance naturelle de l’octogénaire, son goût de l’indépendance, sa détermination, dominent un récit où la vie garde ses secrets, où tout épanchement est proscrit, où chacun traite ses problèmes dans le seul face à face avec soi-même.

Connaît-on, lorsque Bastu s’en va en barque sur le fleuve, le but de l’étrange déplacement qu’elle a tu à tous ? Sait-on jamais quelle est, dans sa vie, la réelle part du rêve ?

Les silences correspondent-ils à des temps de méditation ou bien ne sont-ils que l’occasion de s’isoler ? Et ce n’est pas par manque de soin photographique si l’image, par moments, se brouille, devient imprécise. C’est que la vie, à certains moments, est ainsi.

Au contraire, le bel usage du numérique produit une poésie mélancolique quand la caméra s’attarde sur des murs décrépis, sur les rares constructions modernes de Sào Romào, terre aride traversée par le fleuve Sào Francisco.

La proximité immédiate de la nature foisonnante a une influence sur les personnages et sur leur façon de mélanger les événements et le rêve.

La pleine nature dicte les habitudes, libère les imaginations et avec elle, la réalité la plus prosaïque prend des airs de poésie.

Une œuvre magistrale. Un film magnifique interprété par des comédiens non-professionnels époustouflants de naturel et de justesse.

Francis Dubois

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