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Un film de Coline Serreau (France)

"Tout est permis" Sortie en salles le 9 avril 2014.

Le permis à points a aujourd’hui plus de vingt ans.

Pour récupérer les points perdus après une ou plusieurs infractions, des automobilistes doivent participer à des stages de recyclage qui leur permettent de "réalimenter" leur permis de conduire.

Les radars qui jalonnent routes et autoroutes, principaux détecteurs d’infractions, ont-ils été mis en service dans le but de réduire le nombre d’accidents de la route ou pour renflouer les caisses de l’état ?

La question est posée qui en entraînera bien d’autres, qui lanceront un véritable débat sur l’homme et son automobile, sur l’alcool au volant, l’usage du portable...

Véritables lieux de mixité sociale, ces stages de récupération de points sont l’occasion pour les auteurs d’infractions, souvent récidivistes, d’exprimer leur mécontentement, de revendiquer la liberté perdue de disposer librement de son véhicule, mais également de se raconter jusqu’à aller parfois au-delà du sujet.

Les réfractaires au code de la route qui poussent leur automobile au-delà des limitations de vitesse, les irrespectueux des stops, de la règle des priorités ou du taux d’alcoolémie autorisé, appartiennent à toutes les couches de la société et c’est cette cohabitation qui a intéressé Coline Serreau et l’a amenée à réaliser un documentaire sur le sujet et à planter sa caméra au milieu d’une vingtaine d’individus de différentes origines, tout à coup "logés à la même enseigne".

Construit à la manière d’une enquête journalistique, son film qu’elle a tourné aux quatre coins de l’hexagone, à Paris et en banlieue, réunit ne nombreux intervenants : les stagiaires eux-mêmes (qui sont là pour quarante-huit heures alors que l’excès de vitesse pour lequel ils ont été pénalisés leur aurait fait gagner au mieux quelques minutes), bons ou mauvais élèves, sages ou espiègles, des spécialistes de la sécurité routière, des défenseurs des automobilistes, un professeur de médecine en accidentologie, une responsable de l’association contre la violence routière…

En insistant sur la diversité de la population qui fréquente ces stages, Coline Serreau dresse un tableau saisissant de la société française.

Le fait d’être soumis au même régime, pour s’être rendus coupables des mêmes infractions, de se retrouver face au même animateur de stage estompe les différences sociales.

S’y retrouvent assis côte à côte, la femme bourgeoise amateur de grosses cylindrées, le directeur d’entreprise, l’ouvrier, la jeune chômeuse, l’amateur de vitesse et celui que ses fonctions contraignent à faire de l’habitacle de sa voiture une annexe de son bureau.

Le respect des règles de conduite se heurte aux enjeux économiques qui font que les voitures puissantes sont toujours à l’ordre du jour, les alcooliers industriels florissants. Et c’est dans ces contradictions, relayées par les propos contrastés des stagiaires, que le film de Coline Serreau trouve tout son sens et toute sa valeur sociologique.

Il est émaillé ici et là de témoignages de victimes de la route toujours poignants et de celui tout aussi émouvant d’un ancien représentant en alcools qui a toute la conviction du converti.

Un film utile qui prête à prolonger la réflexion.

Des grands collégiens et des lycéens pourraient en tirer profit pour devenir de futurs bons citoyens au volant.

Francis Dubois

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