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Tout sur l’inacceptable réforme Chatel : contenus et analyse syndicale "Lycée 2010" (2) : audience SNES-SNEP auprès du cabinet du ministre le 18 novembre 2009

Gestion locale d’un tiers des horaires, réduction des horaires disciplinaires, tronc commun en première...
La réforme du lycée présentée par Luc Chatel est idéologique et dangereuse.
Pour répondre aux difficultés des élèves et à la nécessité de démocratisation du lycée, le SNES exige une autre réforme !

Le Ministère présente un projet qui continue de décliner des axes déjà connus et sur lesquels le SNES a exprimé ses désaccords.
La réforme sert de prétexte à introduire l’autonomie comme solution aux problèmes du système éducatif. Nous condamnons cette vision libérale.
Le projet présenté aux organisations syndicales par le Ministère le 18 novembre, puis à la presse par le Ministre le 19 est la mise en œuvre, à la lettre, des orientations dévoilées progressivement par le gouvernement depuis septembre. S’il y a eu des arbitrages par le Ministre, ils ne nous ont pas été communiqués.

En audience, le SNES a marqué clairement ses trois points de désaccord majeur, qu’il considère comme des casus belli :

- gestion locale d’une part importante de l’horaire disciplinaire (l’ensemble des cours en effectifs restreints)
- réduction des horaires disciplinaires
- tronc commun en première générale

L’affichage d’une réforme « peu profonde » et ne touchant pas « à ce qui marche pour le moment » est une entourloupe (voir le traitement réservé aux SES pour s’en convaincre, mais aussi l’affichage d’une série S plus scientifique alors que les élèves perdent des heures de science etc.).

La réforme sert de prétexte au renforcement de l’autonomie des établissements comme solution aux problèmes du système éducatif. Nous condamnons cette idéologie.

En téléchargement, la comparaison des grilles disciplinaires élèves actuel et selon le projet, ainsi que le document ministériel présentant la réforme

Projet Chatel comparé aux grilles actuelles
Projet Chatel comparé aux grilles actuelles - version photocopie noir et blanc
Le document ministériel de présentation de la réforme

Autonomie des établissements
Horaire élève
Horaires disciplinaires
Voie technologique (mise à jour : 27 nov. 09)
Accompagnement personnalisé
Classe de seconde
Classe de première
Classe de terminale
Baccalauréat (mise à jour : 26 nov. 09, Hist-Géo)


Autonomie des établissements


Le Ministère refuse de parler d’autonomie, terme selon lui de nature administrative et stigmatisant, pour parler d’initiative et de responsabilité des établissements.
Les programmes, examens et conditions d’études resteraient nationaux. Pour l’organisation des horaires, c’est la communauté éducative locale qui serait la mieux à même de faire les meilleurs choix pour les élèves.
Il y aurait une dotation division par division, chaque équipe pédagogique la gérant en lien avec le conseil pédagogique, avec un premier projet en janvier de l’année précédente, permettant de faire remonter au rectorat les besoins par disciplines. A la rentrée, des ajustements seraient possibles, « puisqu’un proviseur avisé n’aura pas consommé la totalité des heures ».

Les corrections de trajectoire des élèves seraient marginales (quelques pourcents), donc sans impact sur la préparation de la rentrée.

Par ailleurs, le ministère considère que le dédoublement est de confort, il n’est pas utile devant certaines classes, ou pour certaines matières.

L’avis du SNES
Le choix de la gestion locale est une décision politique lourde. Nous avons martelé notre refus de la gestion locale des heures en effectifs restreints, qui constitue le quart de la dotation (seul fléchage : l’ecjs en classe de 2de) et dont par ailleurs nous ne voyons pas comment la mise en œuvre est possible. Nous avons rappelé que ce ne serait pas avant tout des critères pédagogiques qui seraient retenus mais de disponibilité des enseignants et de gestion de leurs services, et demandé de nouveau un cadrage national.
Le travail en petits groupes permet des pratiques et pédagogies différentes, et cela dans toutes les disciplines : elles sont toutes fondées à bénéficier d’heures en effectifs restreints.

Horaire élève

Le choix du ministre, partagé, selon nos interlocuteurs, par les parents et les élèves, est de ne pas ajouter d’heures de présence ni d’en retirer (l’horaire moyen de l’OCDE étant bien inférieur à celui du lycéen français). L’encadrement des élèves serait ainsi amélioré.

L’avis du SNES
Plus le temps de cours est réduit, plus les élèves fragiles sont en difficulté, particulièrement quand ils sont dans des classes nombreuses. Quant à l’OCDE , il faut comparer le comparable : il y a des enseignements qui ne sont pas assurés dans tous les pays.

Horaires disciplinaires

Les horaires actuels des différents niveaux seraient maintenus. La dotation globale de chaque division comprend les horaires élèves fléchés, et comme seule règle pour la répartition des dédoublements l’obligation de 4h prof pour l’accompagnement (soit 2h élèves) et de 1h prof pour l’ECJS (0,5 h pour les élèves).
Les élèves perdent deux heures de cours disciplinaires par semaine, réparties comme suit :

- classe de seconde : 30 minutes hebdomadaires de français, histoire-géographie, sciences physiques et chimiques, sciences de la vie et de la Terre.
- cycle terminal : 1h de TPE ; 30 mn de mathématiques et d’histoire géographie, 1h30 de sciences physiques et 1h de SVT en série S ; 2h de langues vivantes enseignée par des professeurs de langues vivantes, 2h de mathématiques en série L ; les enseignements à choisir en 1ère ES (dont 2h de maths ou de SES choisies par la majorité des élèves) et 1h de SES en terminale ES.

L’avis du SNES
Les diminutions des horaires disciplinaires peuvent sembler "saupoudrées" sans grand effet à craindre. Elles constituent pourtant des pertes sèches pour les élèves, et des classes en plus pour les professeurs. La gestion du pactole d’heures de dédoublement sera d’autant plus difficile qu’il s’agirait d’arbitrer entre les besoins pédagogiques et les ressources en professeurs.
Comment se féliciter d’un renforcement scientifique de la série S alors que les élèves perdent des heures de cours dans toutes les disciplines scientifiques ?
Comment justifier la perte de cours de langues vivantes en série L ?
Le discours du Ministère n’est pas clair : la littérature étrangère figure dans le document officiel en tant qu’enseignement "en langue étrangère" (donc a priori pris en charge par les profs de LV ?), mais a été présentée en audience comme un enseignement en DNL (discipline non linguistique, prise en charge par un professeur habilité à enseigner sa discipline dans une langue étrangère). Or les rectorats ont le plus grand mal à recruter des enseignants en DNL pour les quelques sections européennes ouvertes, comment pourraient-ils généraliser ces enseignements ?

Voie technologique

- STI
Le cabinet indique que les arbitrages ne sont pas faits.
Une réforme « lourde et ambitieuse » est prévue pour la rentrée 2011.
Un groupe d’experts est au travail. Les informations qui circulent dans les académies seraient fallacieuses.
Le dialogue social commencera dans les prochaines semaines.
- Hôtellerie
Cette série n’est pas concernée par la réforme.

L’avis du SNES
Le SNES a été reçu par le cabinet du Ministre jeudi 26 novembre sur la réforme des formations technologiques industrielles et de laboratoire.
Le ministère ne donne toujours pas d’informations précises sur son projet de réforme, il indique que ce dernier est complexe et qu’il pense pouvoir faire des annonces aux alentours d’avril 2010, pour une mise en œuvre à la rentrée 2011.
Mais dans les discussions, les conseillers du ministre mettent en avant le projet de l’inspection générale de STI. Ce projet consiste à regrouper l’ensemble des spécialités en une seule pour ce qui est du « domaine » industriel. La spécialité « Arts Appliqués » devrait être maintenue. Le ministère ne livre aucune information sur l’avenir des séries technologiques de laboratoire.
Le SNES a clairement indiqué qu’il s’opposerait à ces orientations. Il a plaidé pour une diversification des séries industrielles qui soient attractives et qui fasse sens pour les élèves en cours de formation.
Le SNES a indiqué qu’il fallait s’appuyer sur les équipement présents dans les établissements, qu’il fallait envisager leur rénovation lorsque ceux-ci étaient obsolètes.
Tout projet de réforme doit s’appuyer sur les compétences des enseignants des disciplines technologiques ainsi que sur leur expertise en terme de besoin de formation à la fois pour les jeunes et pour le développement économique et social.
Le SNES exige des programmes d’enseignements généraux spécifiques aux séries technologiques afin de créer des synergies avec les disciplines technologiques. Il demande un accrochage fort avec la classe de seconde, ce qui n’est pas possible avec les « enseignements d’exploration » de une heure et demie en seconde tel que le prévoit le ministère.
Enfin, le SNES exige que le projet de structure des formations industrielles et de laboratoires soit connu avant que les établissements ne s’engagent dans la préparation de rentrée 2010. Les établissements et les jeunes doivent connaître le détail des formations proposées dans le cycle terminal pour définir et choisir les enseignements de seconde.
L’ensemble des enseignants intervenant dans ces formations doit se mobiliser dans les établissements afin qu’un projet diversifié et ambitieux soit enfin accepté par le ministère. Le SNES portera et défendra son projet à tous les niveaux et par tous les moyens.

Accompagnement personnalisé

Il s’agirait d’un temps d’enseignement « différent », sous la responsabilité des professeurs, avec des pratiques renouvelées. Il devrait permettre aux familles d’éviter le recours aux officines privées.
En terminale, il serait officiellement dédié aux disciplines marquant la série.

L’avis du SNES
L’accompagnement tel qu’il est présenté pour la classe de seconde n’apporte rien de plus que l’aide individualisée actuelle aux élèves en difficulté, tout en leur prenant 2 heures de cours. Et il n’apporte pas grand chose aux autres !

L’accompagnement selon nous devrait assurer un encadrement prolongé aux élèves en dehors du cours pour lutter contre les inégalités liées aux devoirs à la maison. Ce ne serait pas un poids supplémentaire pour l’élève, puisqu’il gagnerait du temps sur son travail personnel. Il faut considérer la globalité du temps de l’élève. Nous attendons de la Nation un investissement supplémentaire. Il n’est pas sûr que ce qui est proposé réponde à la demande des jeunes et de leurs familles.

En terminale, il est installé aux dépends des disciplines qui marquent les séries, d’où le choix de le rendre disciplinaire. Il vaudrait mieux conserver les horaires disciplinaires au lieu d’essayer un habillage peu glorieux de la demande sociale d’un meilleurs encadrement.

Classe de seconde

Grille horaire : voir en téléchargement.

Il s’agit de permettre aux élèves d’explorer deux disciplines sans augmenter l’horaire élève.
Enseignements d’exploration de 54 h :
- obligatoirement pour le premier : SES ou EAG (économie appliquée et gestion)
- au choix pour le second : SMS, BIO TECH, physique et chimie de laboratoire, littérature et monde contemporain, SI, mesures et pratique scientifique, conception produits industriels, arts (danse, musique, théâtre, cinéma), et l’enseignement non pris en premier choix.

EAG (économie appliquée et gestion) : ce n’est pas IGC, il s’agirait en partie d’une nouveauté n’ayant pas de caractère technologique.
Littérature et monde contemporain : préfigure l’option de TL sur le modèle sciences po.

Mesures et pratique scientifique : sera sur le modèle de l’option science.
Proposer des enseignements artistiques à 1h30 devrait permettre à davantage d’élèves d’en profiter.

Les langues régionales gardent leur statut de LV2 ou LV3.

Options (3h)
LV3, latin, grec ancien : peuvent remplacer un ou deux enseignements d’exploration ou être prise en option sur 108h.
De même les options EPS (180h), arts du cirques (216h)et arts appliqués (216h) sont maintenues.

L’avis du SNES
La conception ministérielle de l’exploration n’est pas acceptable. Il s’agit d’une dénaturation des disciplines qui conduit à une dégradation importante des conditions de travail des enseignants concernés.
Installer une discipline prend du temps, il ne s’agit pas seulement d’explorer mais d’apprendre.

L’enseignement EAG pose problème : il ne prend pas la dimension technologique en compte, et on ne voit pas bien l’articulation avec les SES .

Il faut donner aux élèves la possibilité d’un enseignement artistique sur 3h, qui leur permette une pratique réelle.

Les SES, les enseignements artistiques et les enseignements technologiques de seconde sont les grands sacrifiés de la réforme. Ils sont dénaturés sans pour autant donner un véritable plus pour l’orientation : les élèves n’auront jamais le temps de "s’installer" dans ces disciplines nouvelles pour eux et qui actuellement sont des vecteurs de réussite et d’estime de soi pour ceux d’entre eux en difficulté dans les autres disciplines.

Classe de première

Grilles horaires : voir en téléchargement

L’ensemble des disciplines d’enseignement commun (15 h) permet de ne pas enfermer les élèves de façon trop précoce. Il rend le lycée plus juste et réversible.
Il n’a pas été choisi de valoriser la série L avec des sciences (cela a été essayé et n’a pas fonctionné), mais avec les langues et la littérature, avec un « adossement international » très fort.

Les mathématiques « outils de culture commune » seraient considérés comme acquis dès la fin de la seconde.
L’histoire géographie serait l’objet d’une épreuve anticipée au baccalauréat en série S.
Les Arts du cirque seraient maintenus en tant qu’enseignement de complément à raison de 4h/semaine.
Les TPE passeraientnt de 2h à 1h hebdomadaire.

L’avis du SNES
La classe de première L proposée est la plus spécialisée des trois séries. Or les élèves de milieux favorisés choisissent actuellement la S car elle ne ferme aucune porte. On voit mal comment la réforme attirerait davantage d’élèves vers la filière littéraire. Ne pas offrir une culture scientifique plus large aux littéraires est une erreur.
Il est regrettable que les mathématiques ne soient pas considérées comme culture commune (à distinguer des enseignements communs). Il sera plus facile aux élèves de passer de S vers L que le contraire.
Pour les TPE : actuellement, l’horaire élève officiel est de 2h sur 18 semaines. Que signifie le passage à 1h ? S’agit-il d’1h année, soit 2h sur 18 semaines, ou bien d’1h sur 18 semaines , auquel cas les élèves perdrait une heure ?

Classe de terminale

Grilles horaires : voir en téléchargement

Il s’agit de préparer l’entrée dans le supérieur, à partir du socle de compétences et de valeurs communes acquises en première.
L’accompagnement personnalisé est conçu différemment. Pour tirer le meilleur profit de la spécialisation, il s’appuie les principales matières de la série. En TS, par exemple, l’arrêté cadrerait 1h30 d’enseignement scientifique dans l’accompagnement. En ES, il porterait sur SES et maths.
Les options SI bénéficierait d’un volant d’heure supérieur, de manière à assurer les dédoublements.

L’avis du SNES
Le caractère scientifique de la série S n’est pas affirmé, et la diversification repose comme actuellement sur 2h, ce qui est insuffisant. Mais en série L, le parcours linguistique n’est pas tellement plus marqué.
Il ne changera pas profondément la vision que les élèves ont de cette série. En ES, la séparation entre économie et sciences sociales dénature les SES.

Baccalauréat

L’examen devrait s’adapter à la nouvelle architecture lors de la session 2013.

L’épreuve d’histoire géographie serait avancée en fin de première.

Luc Chatel a annoncé depuis l’audience une rénovation de l’épreuve de langues vivantes, qui pourrait comporter un oral.

L’avis du SNES
La série S est celle comportant le plus d’épreuves terminales. Il peut être pertinent de revoir leur répartition, mais les conditions de l’épreuve avancée d’histoire géographie ne sont pas claires : quelles séries seraient concernées ? Quelle articulation avec les enseignements de terminale ?

Précision au 26 novembre : l’épreuve anticipée ne concernerait que la série S, ce qui poserait alors dans les classes regroupant S et une autre série les problèmes que connaissent les professeurs de langues quand il s’agit de préparer à l’examen seulement une partie des élèves d’un groupe.

Le SNES suit la question de l’évaluation des langues vivantes en série STG et de ses difficultés, il sera attentif à la mise en place d’une épreuve orales de LV dans les séries générales.

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