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Un film de Judith Godrèche (France)

"Toutes les filles pleurent" Sortie en salles le 31 mars 2010

Judith Godrèche débuta au cinéma alors qu’elle était enfant. Adolescente, elle fit deux rencontres importantes. L’une avec Benoît Jacquot qui écrivit pour elle le personnage de "La désenchantée", l’autre avec Jacques Doillon avec qui elle travailla à l’écriture de "La fille de 15 ans". Par la suite, hormis "Grande petite" de Sophie Filières, "Ridicule" de Patrice Leconte, une parenthèse hollywoodienne auprès de Leonardo di Caprio, "L’homme au masque de fer", et plus récemment le film d’Emmanuel Mouret, elle s’égara souvent dans des œuvres de qualité inégale.
Avec "Toutes les filles pleurent" elle signe une première réalisation réussie, une œuvre sensible et personnelle qui échappe aux règles de "l’air du temps".
Lucie est parvenue à la trentaine passée sans s’en apercevoir. Elle se retrouve chanteuse, mais être chanteuse lui plaît à moitié même si elle vit une histoire d’amour avec le guitariste du groupe. Une histoire d’amour qui, privée d’élan et de son contour romantique, ne lui plait aussi qu’à moitié. Elle préfère laisser de côté une notoriété qui pourrait survenir au profit de la direction d’une chorale d’enfants dans une école. Car Lucie aime les enfants par dessus tout. Elle en trouve un, assis dans son escalier, orphelin de mère et en panne de père qu’elle adopterait bien, à moins que ce ne soit lui…
"Toutes les filles pleurent" est avant tout un beau portrait de femme. Mais de femme en suspens, de femme non accomplie qui, si elle faisait le bilan de sa vie, n’irait pas bien loin. Elle n’a jamais trouvé le grand amour. Professionnellement elle en est toujours au stade du tâtonnement et on ne saura jamais au juste si elle entre, un jour, dans une agence de voyage pour voir du pays ou pour faire voir du pays à d’autres…
Judith Godrèche procède par touches successives sous forme de courtes scènes, vives ou nonchalantes qui touchent au cœur par leur justesse et par l’extrême précision du trait. La tendresse est au rendez-vous, l’émotion, alors que dans le récit d’une délicieuse fluidité, s’est subrepticement glissé un flash back qui n’a presque pas l’air d’en être un. Et c’est sans doute le signe que Lucie n’a pas su mettre encore assez de distance entre elle et son enfance, que la petite fille qu’elle était est toujours beaucoup trop présente et qu’elle a besoin, pour la mettre de côté, de remplir quelques unes des cases encore vides de sa vie de trentenaire attardée…
Les enfants ont la part belle dans le film. Les grandes personnes marchent pour eux-mêmes. Pierre l’amant est pleutre, indigne de l’amour qu’on lui porte et Val, l’amie amoureuse avance dans le vide. Et pour que le puzzle éclaté qu’est la vie de Lucie se compose enfin et devienne un motif plausible, il faut que le quotidien prenne tout à coup des airs de conte de fée…
Judith Godrèche a mis sans doute beaucoup d’elle même dans ce film délicat, aérien, cristallin, où la douleur et les petits bonheurs sont abordés avec une sorte de résignation gaie comme si Lucie savait depuis toujours que son existence trouverait un jour son véritable tracé.
Francis Dubois

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