Actualité théâtrale

Jusqu’au 23 avril au Théâtre de l’Atelier

« Traîne pas trop sous la pluie »

On l’avait dit très malade, on l’avait dit noyé dans l’alcool, on l’avait dit mourant et pourtant il est là sur la scène. Après J’avais un beau ballon rouge qu’il a joué avec sa fille cet automne, on retrouve Richard Bohringer sur la scène, seul cette fois. Enfin il n’est pas tout à fait seul, il y a un pupitre avec deux gros cahiers de poèmes qu’il a écrits … et quatre bouteilles d’eau. Il pioche dans ses cahiers, choisit un texte, boit un peu d’eau mais n’épuisera pas toutes ses bouteilles.
Théâtre : traîne pas trop sous la pluie
Il arrive d’un pas fragile, chemise au vent cachant un petit estomac dont il se moque, mettant gentiment les rieurs de son côté. Il alterne textes oniriques, textes coup de poing et improvisations. Il accélère le rythme comme le boxeur sur le ring qui tente d’éviter les coups, il dit la colère puis la voix s’apaise et retrace toute une vie d’écriture, d’amours et de tendresse. Il dit tout est beau dans ma mémoire et il évoque l’Afrique, ses amis, ceux qui sont là-haut et ceux qui sont encore là, ceux qui restaient avec lui jusqu’au matin dans les bars, et l’alcool, cet ami envahissant qu’il a fini par abandonner avant qu’il ne l’entraîne définitivement ailleurs, loin de ceux qui l’aiment et qu’il aime. « Mon bel alcool, ma belle ivresse, ma belle fleur vénéneuse, tu complotes trop avec la folie, faut bien qu’j’te quitte », c’est à l’alcool qu’il adresse un de ses plus beaux textes. Il dit son désir d’écrire le plus beau des poèmes, mais Rimbaud l’avait déjà fait, il dit l’attente du génie, mais « l’est jamais venu ». Quand l’émotion nous prend à la gorge, il change de registre, nous glisse avec humour quelques mots sur la situation politique, sur les conséquences d’un vieillissement inéluctable et sur la vie qui laisse nos rêves sur le chemin. Le poète devient clown, il déclenche les rires, pas des éclats de rire, plutôt des sourires complices. Et toute la salle le suit, le porte, prête à l’entendre jusqu’au bout de la nuit.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 19h
Théâtre de l’Atelier
1 place Charles Dullin, 75018 Paris
Réservations : 01 46 06 49 24
Se réclamer du Snes et de cet article : demande de partenariat Réduc’snes en cours

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Les limbes »
    Dans ses bras une marionnette vêtue d’un manteau rouge, dans ses mains une épée. Quand il enfile une cagoule, ce n’est plus la marionnette qu’il a auprès de lui, à laquelle il semble murmurer on ne sait... Lire la suite (22 mai)
  • « Le quatrième mur »
    En 2013 Sorj Chalandon obtenait le Prix Goncourt des lycéens pour son roman, Le quatrième mur . Dans ce roman, un metteur en scène gréco-juif, en train de mourir d’un cancer, demandait à un ami... Lire la suite (18 mai)
  • "Paroles gelées"
    Reprise à signaler de cette pièce d’après Rabelais, critiquée en 2014 : "Paroles gelées"d’après François Rabelais Nous l’avons revue avec toujours autant de... Lire la suite (18 mai)
  • « Le maître et Marguerite »
    Écrit entre 1928 et 1940, le célèbre roman de Boulgakov est un peu un OVNI dans la littérature mondiale. Tout d’abord il entremêle trois actions. La première se situe à Moscou, dans les années trente,... Lire la suite (15 mai)
  • « ABCD’airs »
    Elles se sont mises à quatre, un piano, une contrebasse, un hautbois/cor anglais et une voix, pour nous emmener dans un concert insolite, un voyage de A à Z qui passe d’un genre musical à l’autre et... Lire la suite (14 mai)