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Un film de Philippe Béziat d’après l’opéra de Verdi (France)

"Traviata et nous" Sortie en salles le 24 octobre 2012

Le réalisateur Philippe Béziat et le producteur Philippe Martin avaient été séduits par le spectacle mis en scène par Jean-François Sivadier "Italienne avec orchestre" où le public, installé dans la fosse d’orchestre, prenant la place du premier violon ou de la clarinette, assistait, face à une salle vide, à une répétition de "La Traviata". Jean-François Sivadier jouait le chef d’orchestre, dirigeait les spectateurs, commentait les répétitions en présence d’une star et d’une chanteuse pleine de grandes idées et de naïveté.
Ce travail de Jean-François Sivadier déclencha sa passion pour l’art lyrique. Il fut, dans la foulée le metteur en scène de "Wozzeck", "Butterfly", "Les noces de Figaro" et "Carmen" pour l’Opéra de Lille.
En 2011, il est demandé par le Festival d’Aix-en-Provence pour mettre en scène "La Traviata", l’opéra qui était le sujet de sa pièce "Italienne avec orchestre".
La tentation pour Philippe Béziat fut alors de réaliser un film sur les répétitions de l’opéra.
Mais il fallait convaincre toute une troupe en pleine phase de recherche, puis de travail, d’accepter la présence sur le plateau, d’une équipe encombrante de cinéma.
L’accord fut donné et les entretiens que Philippe Béziat eut avec chacun, ont très vite orienté le regard sur ce travail et défini la ligne de réflexion, comme une approche documentaire du terrain.
Les répétitions ont été suivies au quotidien et, de ce compagnonnage très long, ont été filmées 90 heures de rushes, depuis les premières esquisses en studio jusqu’à la première du spectacle sur le plateau.

La caméra fluide et finement observatrice de Philippe Béziat capte à merveille l’atmosphère générale du travail et chez chacun la joie, le plaisir d’être de cette aventure.
Jean-François Sivadier, le maître d’œuvre aux airs premier de la classe, est captivé, concentré, studieux et sait, avec une égale gentillesse, imposer ses idées, se faire parfaitement comprendre sans finir ses phrases. L’insistance de la caméra sur sa personne, en fait un personnage drôle et parfois émouvant de candeur.
Nathalie Dessay est une diva espiègle, d’une simplicité et d’une humilité confondantes et tous les autres, chanteurs, techniciens ou musiciens du London Symphony Orchestra sont au diapason.
Le film s’attache, pour une grande partie, au couple que forment Jean-François Sivadier et Nathalie Dessay. Pourtant les apparitions plus sporadiques des autres chanteurs Charles Catronovo, ténor américain ou Ludovic Tézier sont attachantes et donnent lieu à des scènes parfois cocasses.
Tout au long de la restitution de ce travail d’approche d’une œuvre d’opéra, se dessine, par légères touches, et comme par magie, l’aboutissement. Un élément de décor s’ajoute, un nouveau costume apparaît, un nouveau postiche et on est en plein dans cette mutation du projet initial tâtonnant, en spectacle abouti.
L’association des moments musicaux aux moments de vie construit le film comme une partition à partir d’éléments documentaires, de matière sonore et visuelle qui permettent d’élaborer les séquences.
On cherche ce qui pourrait au plus près caractériser le travail de Philippe Béziat et le mot qui vient est, sait-on pourquoi, cinéma vérité.
Francis Dubois

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