Actualité théâtrale

La Colline – Théâtre national, Partenaire Réduc’Snes - jusqu’au 2 février 2013

"Tristesse animal noir" de Anja Hilling Mise en scène Stanislas Nordey.

Oskar, Jennifer et Paul son ex-mari, Flynn un ami musicien, Miranda et son bébé partent en week-end dans un minibus.

Ils font une halte en forêt et, malgré la canicule, n’hésitent pas à allumer le barbecue.

Il s’en suit ce qui devait arriver. L’herbe sèche et les branchages s’enflamment sous l’étincelle et c’est l’incendie autour d’eux.

Miranda et son bébé périssent. Oskar va devoir se faire amputer d’un bras et Paul sorti indemne du brasier sera hanté par le drame et par les images qui persistent.

Mais raconter de cette façon la pièce d’Anja Hilling est réducteur et revient à la trahir, car le traitement du texte est loin de l’anecdote, du tracé linéaire. Et cela même si les personnages du récit peuvent aisément être identifiés comme des bobos très contemporains, amateurs occasionnels et admirateurs de la nature, défenseurs dans l’intention plus que dans la pratique des règles de respect élémentaire de civisme et d’écologie.

Le texte d’Anja Hilling, en même temps qu’il renseigne avec précision, brouille les pistes et laisse au déroulement du descriptif une marge d’interprétation, une sorte de flou narratif presque dérangeant. La mise en scène de Stanislas Nordey abonde dans le même sens avec la virtuosité habituelle

Les personnages restent à l’état de silhouettes mais le drame qui les saisit est une véritable plongée dans l’âme humaine, dans ses élans sincères, dans ses contradictions, sa lâcheté.

"Tristesse animal noir" se compose de trois parties distinctes.

Un premier volet du texte est un descriptif précis et poétique du lieu et des personnages sous forme de didascalies.

Devant un panneau vertical vert herbe où sont fixés les éléments du pique-nique dont le redoutable barbecue et son sac de charbon, les personnages sont présentés comme dans un début de roman.

Bientôt, dans ces passages en prose viennent s’intercaler les dialogues entre les six amis. Un parler quotidien, anodin qui s’attache à la beauté de la nature. Phrases courtes qui peuvent devenir à l’occasion des piques cinglantes.

Au moment où se dessine l’identité de chacun, la pièce bascule dans le drame et prend une toute autre dimension qui plonge dans le récit cauchemardesque. La description des événements abandonne le langage du quotidien quand les protagonistes tentent d’échapper au pire.

La troisième partie de la pièce se compose de récits alternant avec des dialogues. Les survivants sombrent dans le traumatisme sans venir à bout du souvenir du drame qui les hante, aussi douloureux, si ce n’est plus, que la catastrophe elle-même.

Chacun réagit à sa façon, se débat dans la solitude, dans le désespoir ou la culpabilité.

La beauté du spectacle tient sans aucun doute au "miracle" d’une rencontre. Celle d’Anja Hilling et de Stanislas Nordey. Le texte et la mise en scène, grâce à une complicité évidente, parviennent à une sorte de "superposition" qui atteint une parfaite harmonie.

Il en résulte un spectacle de plus de deux heures qu’on ne voit pas passer qui nous plonge à la fois dans la poésie et dans le réalisme. Il ne reste plus qu’à saluer l’interprétation magnifique de comédiens tous proches de Nordey et qui servent le texte avec la passion de l’engagement total.

La Colline – Théâtre national 15, rue Malte-Brun Paris 20ème

www.colline.fr

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 44 62 52 52

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