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Un film de Catherine Corsini (France)

"Trois mondes" Sortie en salles de 5 décembre 2012

Al est un trentenaire d’origine modeste qui, de simple employé dans un garage qu’il était, va prochainement prendre la tête d’une entreprise familiale devenue florissante, en épousant la fille de son parton.

Mais, en rentrant d’une nuit de beuverie avec ses amis restés eux, au bas de l’échelle, il renverse un inconnu.

Encouragé par les deux autres, au lieu de secourir la victime, il laisse le blessé sur la chaussée et s’enfuit. Or, de son balcon, Juliette a tout vu. L’accident ayant été un vrai choc pour elle, elle rentre en contact avec Véra, la femme du blessé et sans l’avoir voulu, croise un jour le chemin d’Al.

Avec une scène d’ouverture d’une grande vivacité, filmée comme pour un film d’action, Catherine Corsini ne donne pas réellement la tonalité générale de son film mais indique qu’elle s’engage dans un film noir dont les rebondissements vont entretenir une sorte de suspense, entre triller et récit intimiste.

Juliette est une brave fille d’une incorrigible générosité. Dans sa vie personnelle, elle est à l’heure des choix difficiles. Elle est enceinte mais pas si sûre que ça d’être capable d’avoir un enfant. Elle s’est engagée avec Frédéric, un professeur d’université, mais elle n’est pas si certaine d’avoir envie de faire sa vie avec lui. Elle pourrait devenir mère et épouser Frédéric mais est-elle bien prête à s’installer chez son compagnon ?

C’est peut-être bien pour reculer l’échéance d’un engagement personnel qu’elle se lance tête baissée dans l’intimité des protagonistes du fait divers dont elle a été le témoin involontaire.

De la sympathie, elle en aura à revendre pour Véra et à plus forte raison quand elle apprendra qu’elle et son mari sont des sans-papiers sans couverture sociale.

Mais lorsqu’elle découvrira la vérité sur les circonstances de l’accident et la véritable personnalité d’Al, elle en aura tout autant à son égard, et c’est par des démarches hasardeuses de bon samaritain qu’elle va se retrouver plongée dans un vrai panier de crabes.

Le film de Catherine Corsini repose sur la personnalité de Juliette, le chemin où la conduisent ses actes, l’effet que ses bonnes actions produisent sur l’enchevêtrement des situations et sur les autres protagonistes, notamment sur Al, un garçon que sa promotion sociale nous avait présenté comme un être sûr de soi et ambitieux et qui se révèle à la lumière des événements, fragilisé et renvoyé à la modestie de sa condition originelle.

Catherine Corsini monte la construction de son film comme une course de relais. Un personnage ou un événement, tendant le relais à un autre, relance le récit à chaque fois un peu plus chargé d’éléments nouveaux.

Les trois mondes qu’elle décrit dans son récit ne s’interpénètrent pas. La porosité qu’on aurait cru possible n’était qu’illusoire.

Le patron et sa fille, malgré l’admiration et l’amour qu’ils portent à Al, resteront dans leur monde. Al, dépossédé de tout, continuera d’appartenir au sien et les immigrés moldaves demeureront dans celui de leur culture et de la précarité.

"Trois mondes" est un film à l’ancienne, solidement construit, avec pour chacun des personnages une partition sur mesure. Rien n’est caricatural, ni personne. Tout est complètement vraisemblable. Aucun sentimentalisme, mais de l’émotion et une grande empathie envers des personnages justes et touchants.

Francis Dubois

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