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Un film de Pavel Lounguine (Russie)

"Tsar" Sortie en salles le 13 janvier

Alors que les ennemis polonais progressent en territoire russe, le Tsar Ivan IV, dit Ivan le Terrible, sombre dans une folie mystique.
Sa milice personnelle persécute et martyrise le peuple et les nobles conduisent le chef de l’église russe à démissionner. Ivan intronise à sa place son ami de toujours, l’intègre Philippe mais très vite, celui-ci s’oppose aux agissements sanguinaires du Tsar.
Un duel politique et spirituel s’engage entre les deux hommes.
Ivan le Terrible qui fut le premier à porter le titre de Tsar, a imposé sa propre conception du pouvoir considéré comme un droit divin, exigeant de la part de tous une vénération et une adoration sans réserve. Pour lui, le pouvoir ne se conçoit que s’il est absolu.
La nature de l’orthodoxie en Russie a pour base le politique et le religieux, faisant s’affronter deux mondes, deux morales et c’est en cela que le film de Pavel Lounguine est très contemporain.
Ivan IV s’incarne autant dans la puissance du roi que dans la faiblesse de l’homme. Si ses agissements de grande cruauté ne peuvent être attribués à l’humain, ils incombent alors au pouvoir du tsar et de cette façon, le Tsar rejoint la double figure divine. Le mal revenant au pouvoir et le bien à l’humain.
Contrairement au film d’Eisenstein qui retraçait la vie du Tsar, Pavel Lounguine s’intéresse à deux années d’Ivan et à ses rapports avec le métropolite Philippe. Ces deux années où, confronté à l’idéologie de celui qu’il a placé à la tête de l’Eglise russe, il oscille sans cesse entre l’émotion, le doute et la cruauté. Ivan IV est présenté comme un homme doté d’une intelligence supérieure, un homme lettré, écrivain et poète (et en cela d’autant plus redoutable) mais aussi comme le monstre sanguinaire qui aura empêché la Russie d’évoluer vers la Renaissance, la maintenant dans un Moyen-âge où d’une certaine façon elle se trouve toujours plongée aujourd’hui.
« Tsar » est une métaphore de la Russie d’aujourd’hui, à la différence près qu’aujourd’hui l’exercice du pouvoir ne découle d’aucune idéologie. Si « Tsar » devait se rapprocher d’une période, ce serait de la période stalinienne où il n’y avait aucune stratégie de survie. Aujourd’hui la situation reste difficile mais la liberté dépend du respect des règles…
Pavel Lounguine a construit une fresque magnifique et enfiévrée, une oeuvre qui ne quitte jamais ses personnages et les maintient dans une dualité troublante, entre fresque historique et récit intimiste. Un film de visages et de paysages, tous magnifiquement photographiés.
Francis Dubois

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