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Un film de Brigitte Roüan (France)

"Tu honoreras ta mère et ta mère" Sortie en salles le 16 janvier 2013

Jo, la soixantaine énergique, arrive en émissaire avec son fils Pierre pour organiser sa participation au rituel festival de Théâtre dans le village où toute la famille se retrouve chaque année.
Mais cette année, crise économique oblige, le festival est annulé et le maire a investi la subvention dans l’installation du tout à l’égout…
Il n’est pas question pour Jo d’annuler quoi que ce soit. Elle tient trop à cet événement qui lui permet de réunir autour d’elle toute sa famille : sa mère, ses quatre fils, leurs épouses et la ribambelle d’adolescents et de bambins qui vont avec.
Car Jo est deux fois, dix fois, cent fois mère. En tout cas, mère avant tout.
Les arrivées successives des différents membres de la famille se font dans un tourbillon de bonne humeur et si on squatte une maison inhabitée à défaut de l’hébergement habituel, quelques heures derrière les barreaux ou des négociations serrées avec le maire du village ne font pas ombrage, connaissant Jo, sachant qu’elle est femme à franchir tous les obstacles pourvu que personne de la famille ne manque à l’appel.
La représentation théâtrale aura lieu. On donnera "Œdipe" dans une version qui répondra à tous les goûts. On dressera une scène, on construira des colonnes et chacun se mettra à l’ouvrage pour confectionner les costumes.
On ne pourra pas reprocher à Brigitte Roüan, des temps morts dans sa narration ni d’avoir lésiné sur le catalogue des menus évènements qui sont inévitables quand on est une vingtaine dans une maison et que l’on ne doit négliger ni les conflits fraternels, ni les conflits de génération, ni les courses, ni les repas, et surtout pas ce pourquoi tout le monde est réuni, le spectacle final.
La maison sur plusieurs niveaux qui n’est qu’enchevêtrements d’escaliers, de couloirs, de terrasses se prête bien aux allées et venues et au rythme que leur insuffle Brigitte Roüan.
Il y a quelque chose de Claude Sautet dans sa façon de faire se mouvoir tout ce monde, dans le ping-pong des dialogues, dans la tendresse ou les débordements d’amour, dans la fraternité tranquille ou agitée. On s’aime, on se chamaille, on se quitte et on revient. On est liés comme les doigts de la main.
L’arrivée du benjamin de la famille, Balthazar l’aventurier, soldat ou reporter que la mère imagine dans un hélicoptère doré et qui met la famille au complet, relance s’il était nécessaire les sentiments mutuels et le projet.
L’art de Brigitte Roüan est dans sa caméra, dans le rythme et dans le contour des personnages tous magnifiquement dessinés. Sa faiblesse est peut-être dans une sorte de boulimie narrative, dans ses élans, comme si sa frayeur était de laisser s’installer un temps mort.
Nicole Garcia est parfaite en mère généreuse et prédatrice et tous les autres interprètes, parfaits, mènent leur partition avec un plaisir communicatif.
Mais pourquoi avoir relégué l’habituellement merveilleuse Emmanuelle Riva à ce personnage dont chacune des répliques sonne faux quand il devrait faire mouche ?
Le film, touchant d’enthousiasme se regarde avec plaisir.
Comment ne pas répondre avec le même enthousiasme quand on devine à chaque instant, à travers chaque plan, avec quelle délectation, quelle gourmandise de cinéaste, Brigitte Roüan a réalisé son film.
Francis Dubois

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