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Un film de Jill Coulon (France-Japon)

"Tu seras Sumo" Sortie en salles le 20 février 2013

Takuya a toujours rêvé d’être judoka. Pourquoi son père en a-t-il décidé autrement ? Pourquoi à la fin de ses études de lycée, est-il contraint d’intégrer une écurie de Sumo à Tokyo ?

En apparence rien ne le prédisposait à embrasser ce métier. Pas plus sa silhouette longiligne, son look de jeune homme d’aujourd’hui, que ses réticences à se voir soumis à une formation exigeante, jalonnée de règles très strictes.

"Ne pense même pas à échouer" lui avait dit son père qui avait décidé qu’il n’y aurait plus désormais de place pour lui dans la maison familiale.

Loin de ses amis et de sa vie d’adolescent branché, il va tenter de s’initier à son futur métier et à sa nouvelle vie rigoureuse et traditionnelle.

Au cours du tournage du film " Bébés" dont une partie se situait au Japon, Jill Coulon a eu l’occasion de rencontrer de jeunes hommes qui décident, alors qu’ils sont encore des adolescents, de changer radicalement de vie pour devenir plus tard des lutteurs professionnels.

Elle a rencontré par hasard un Sumo mongol qui s’apprêtait à prendre sa retraite et qui l’a introduite dans l’écurie Oshima Beya où l’on s’apprêtait à accueillir un nouvel arrivant dont elle ne savait rien, ni bien sûr, s’il conviendrait à l’idée qu’elle se faisait de son casting.

Ce qui l’a tout de suite intéressée chez le jeune homme, dès leur première entrevue, c’est qu’il était tout le contraire de l’idée qu’on peut se faire d’un futur sumotori et que lui-même était complètement étranger au monde du Sumo ; qu’il n’avait même jamais assisté à un match avant d’arriver à Tokyo.

Du coup, le documentaire de Jill Coulon qui s’attache essentiellement au personnage de Takuya prend des allures de fiction en abordant le sujet de façon personnelle et l’approche de ce monde singulier est montré à travers le regard du personnage.

Takuya aborde cet univers et en même temps qu’il le découvre, il le fait découvrir au spectateur. Ils découvrent en même temps, l’un et l’autre, les règles et les codes qui régissent l’apprentissage du Sumo et le monde fermé qu’il engendre.

Si "Tu seras Sumo" renseigne sur ce sport ; si l’on apprend que le but du combat consiste simplement à faire tomber l’adversaire ou à le pousser hors du cercle de 4, 55 mètres où il se déroule, que certains combattants peuvent faire le double du poids de leur adversaire, (le poids des lutteurs pouvant varier de 75 à 280 kg), que le rang de chaque lutteur est revu après chaque combat, selon le nombre de victoires et de défaites, c’est aussi le récit des satisfactions et des souffrances d’un jeune garçon entraîné dans une direction dont il n’a pas fait le choix.

Le film se dédouble alors. Et tout en étant un film documentaire sur le Sumo, il est un film sur le passage de l’adolescence à l’âge adulte.

Après une pause, un moment de réflexion, Takuya reprendra-t-il sa formation, sera-t-il prêt à en accepter toutes les contraintes ?

Les zones d’ombre du film qui tiennent à une culture qui n’est pas toujours accessible à un occidental sont renforcées par l’absence d’une voix off qui aurait été superflue.

" Tu seras Sumo" est un documentaire fiction qui, par sa construction, revisite le genre avec grand bonheur !

Francis Dubois

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