Autour du Jazz

Mais où est la sortie ?

Un Modern Jazz Quartet du 21e siècle ? « No Way Out », Giovanni Mirabassi

Dans les débuts des années 1950 naissait un curieux mélange appelé MJQ, pour Modern Jazz Quartet, sous la direction du pianiste et compositeur John Lewis. Milton Jackson – « Bag’s pour les intimes à cause de ses poches (valises) sous ses yeux -, inventeur du vibraphone bebop, en était l’âme « soul » tandis que Percy Heath, contrebassiste et Kenny Clarke bientôt remplacé par Connie Kay, batteurs, venaient apporter leur mémoire à l’ensemble. Une rencontre de villes aussi. New York pour le pianiste, Detroit pour le vibraphoniste, Pittsburgh pour le batteur Kenny Clarke et Philadelphie pour le bassiste.

Ce type de quartet au fil du temps a trouvé d’autres protagonistes. Le dernier en date réunit Giovanni Mirabassi, pianiste et compositeur, Stefon Harris, vibraphoniste, Gianluca Renzi et Lukmil Perez Herrera à la batterie pour cet album Cam Jazz « No Way Out », pas de voie de sortie. Une alliance étonnante entre piano et batterie qui fait penser à celle unissant John Lewis et Milt Jackson. Comme dans l’original, ce MJQ nouveau laisse beaucoup de place au vibraphone qui ne rechigne pas à la prendre et peu à la batterie.

Le tout fonctionne. Sans doute parce que tous les musiciens réunis ici sont de la même génération et ont connu les mêmes choses, qu’ils ont une mémoire commune et une connaissance commune de l’histoire du jazz, malgré leur éloignement géographique. Il faut s’étonner de cette fusion qui ne se refuse rien, ni Milt Jackson ni Bobby Hutcherson.

Des compositions intelligentes de Mirabassi qui permettent au vibraphone de prendre son envol et de démontrer qu’il peut créer une atmosphère propice à un voyage immobile. Il faut écouter ce thème, « Palm’air », sorte de duo piano/vibraphone – avec le soutien discret de la basse – pour se rendre compte de la manière dont Stefon Harris habite les compositions de Mirabassi.

Un de ces albums qui, sans révolutionner notre manière d’entendre, sait se rendre indispensable.

Nicolas Béniès.

« « No Way Out », Giovanni Mirabassi, Cam Jazz, distribué par Harmonia Mundi.

Autres articles de la rubrique Autour du Jazz

  • Thomas Mayeras trio « Don’t Mention It »
    Un trio piano, Thomas Mayeras, contrebasse, Nicola Sabato – digne représentant de ses aînés, Ray Brown en particulier -, batterie, Germain Cornet – héritier du batteur Charles « Lolo » Bellonzi -, du... Lire la suite (Décembre 2019)
  • Frédéric Borey « Butterflies trio »
    Frédérique Borey aime le trio cher au cœur de Sonny Rollins, saxophone ténor/contrebasse/batterie qui suppose une mise en commun pour un engagement de tous les instants. Cette modalité de trio a été... Lire la suite (Décembre 2019)
  • Facettes de Daniel Zimmermann.
    Deux albums viennent de paraître qui permettent de dresser un portrait contrasté du trombone jeté dans les eaux troubles du jazz via Daniel Zimmermann, l’un des virtuoses de cet instrument singulier... Lire la suite (Novembre 2019)
  • Chloé Perrier et son cœur français
    Chloé Perrier, chanteuse et actrice, livre un album qui devrait faire jaser. Reprendre des chansons françaises devenues des standards américains – eh oui ça existe - pour se les approprier ressemble à... Lire la suite (Novembre 2019)
  • Nat « King » Cole, 100e
    Nathaniel Adams Coles – le nom d’état civil de Nat King Cole – est né le 17 mars 1919 à Montgomery, dans l’Alabama. La vie est dure dans ces contrées pour un enfant noir, fils de pasteur baptiste. Le... Lire la suite (Octobre 2019)