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Un film de Frédéric Dumont (Belgique-France-Canada)

"Un ange à la mer" Sortie en salles le 30 juin 2010

Louis vit au Maroc avec son père, sa mère et son frère aîné. Baignades, matches de foot et jeux de plages sont au programme de son existence insouciante. Jusqu’au jour où le père, de retour d’une voyage professionnel, se met à se cloîtrer dans sa chambre pour n’en plus sortir qu’à de rares occasions. Pourquoi Louis est-il le seul à qui celui-ci fait la terrible révélation de sa mort volontaire prochaine. Dès lors le garçon surveillera faits et gestes de son père, le plus souvent installé entre les branches maîtresses du citronnier. Il finira par entrer dans son univers mental et le rejoindre doucement dans sa folie…
Frédéric Dumont crée autour du sujet une atmosphère réussie d’un exil vaguement colonialiste, d’où l’autochtone est quasiment absent. A l’intensité de la lumière solaire, il préfère les imprécisions crépusculaires, les couloirs sombres et les chambres persiennes closes. Et ces éléments qui, plus que les événements eux-mêmes, accompagnent le sujet, débouchent sur un climat lancinant, vaguement nostalgique, où la joie de vivre se trouve subitement atténuée par une impression de danger latent, de vague menace.
Le père souffre-t-il de dépression ou bien est-il en train de sombrer dans la folie ? A-t-il une aversion si marquée pour les chats qui pullulent dans les rues le soir, qu’il organise des virées nocturnes pour en écraser le plus grand nombre possible, quand ils restent pétrifiés au milieu de la chaussée, aveuglés par la lumière des phares ou bien est-ce un signe de sa démence et l’occasion d’entraîner dans sa dérive, par le biais d’un jeu cruel, son jeune garçon acquis à ses caprices.
"Un ange à la mer" est un film maladroit mais dont les maladresses, les imperfections, les hésitations débouchent sur une sorte de charme second comme si le récit se décryptait derrière une transparence, une sorte de filtre, une opacité déformante. Aucun personnage de l’histoire n’est véritablement crédible. Pas plus ce père improbable, fou ou qui feint de l’être, que cette mère dans ses robes légères, épouse par à coups qui n’est pas sûre de trouver du plaisir dans les bras d’un amant ou dans ces gestes maternels, que ce jeune garçon qui s’est donné pour mission de sauver son père du suicide. Et c’est pourtant de ces personnages truqués, au contour imprécis, que naît le charme indéniable de ce film dont l’apparente maladresse ne serait alors que ruse, la meilleure façon d’intriguer le spectateur pour mieux le laisser se prendre au piège et plonger sans résister dans cette curieuse atmosphère.
Francis Dubois

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