Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

Un film de Rithy Panh d’après le roman de Marguerite Duras

"Un barrage contre le Pacifique" sortie en salles le 7 janvier

Institutrice en Indochine à la fin des années 20, la mère, à la mort de son mari, a abandonné l’enseignement et a investi ses économies dans l’achat de terres qui, régulièrement inondées par les montées du Pacifique, se sont avérées incultivables.
Dès lors sa vie se résume aux deux combats qu’elle mène avec acharnement : d’une part, obtenir des dédommagements de l’administration coloniale corrompue qui l’a abusée et d’autre part, construire avec l’aide des paysans du village un barrage de troncs d’arbres pour empêcher l’eau salée de détruire les cultures.
En attendant, elle survit avec ses deux enfants, Joseph 20 ans, passionné de chasse et tête brûlée, et Suzanne, seize ans, qui vit dans l’attente de l’homme qui l’épousera et l’amènera loin du bungalow où elle s’ennuie.
Mr Jo, le fils d’un riche homme d’affaires chinois tombe amoureux de Suzanne. La famille voit dans sa fortune et dans son attachement à la jeune fille le moyen de sortir de l’impasse où ils se trouvent…
Avec la réalisation de Rithy Panh qui remplit parfaitement toutes les cases du synopsis, on est face à une œuvre envoûtante mais qui donne plutôt priorité aux paysages et à l’atmosphère étouffante qu’aux personnages. Les rizières infructueuses, la pauvreté des paysans, la beauté à la fois spectaculaire et dérisoire des paysages, un quotidien qui s’étire dans la demi pénombre d’un bungalow prennent le pas sur des personnages dessinés à gros traits et qui ne semblent pas vouloir donner toute leur mesure.

La mère malade et décavée (Isabelle Huppert), à la fois combattive et perdante, est une personne aigrie et immorale figée dans ses obsessions. Joseph, le fils, beau gosse aux idées courtes (Gaspard Ulliel) joue les têtes brûlées et fait fi de l’autorité que sa mère a eu autrefois sur lui et dont elle garde la nostalgie. Suzanne (Astrid Bergès-Frisbey) ne livre pas toute l’insolence et la perversion de son personnage et reste à la surface de celui-ci qui semble bouillonner de toute la force que Marguerite Duras lui donnait dans le roman.
"Un barrage contre le Pacifique" n’était-il adaptable au cinéma qu’aux prix de réductions narratives, de coupes réductrices. Car ici, au lieu de l’écriture foisonnante et répétitive du roman, on suit la ligne simpliste du récit sans pouvoir s’attacher aux nœuds dramatiques, à la valeur obsessionnelle que revêtent les évènements qui martèlent l’existence de personnages pathétiques pris au piège d’une situation qui les paralyse et les tient à la merci d’une administration injuste et pervertie. Et les renvoie l’un à l’autre à des relations sans cesse contrastées entre passion et rejet.
C’est l’option que semble avoir choisie Rithy Pahn et le co-scénariste Michel Fessler et si le film est très visible tel qu’il est, il faut peut-être, pour lui trouver les qualités qu’il possède indéniablement ( beauté renversante des paysages, interprétations irréprochables), oublier le livre de Marguerite Duras.
Francis Dubois

Autres articles de la rubrique Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

  • « Victor et Célia »
    Victor et Ben, deux jeunes trentenaires employés coiffeurs, ont pris la décision d’ouvrir leur propre salon de coiffure. Tout est en place pour que leur projet se réalise mais Ben sans doute victime... Lire la suite (22 avril)
  • « La miséricorde de la jungle »
    1998, dans la région de Kivu à la frontière entre le Congo et le Rwanda. Pendant que la deuxième guerre du Congo fait rage, le sergent Xavier héros de guerre rwandais et le jeune soldat Faustin ont... Lire la suite (22 avril)
  • « Monrovia, Indiana »
    Monravia est une petite agglomération du Midwest américain de mille quatre cents habitants. Elle a la particularité d’avoir voté à soixante seize pour cent en faveur de Donald Trump aux dernières... Lire la suite (21 avril)
  • « Mais vous êtes fous »
    Roman est dentiste. Avec Camille, ils forment un couple assorti et heureux et sont tous deux comblés par la présence auprès d’eux de leurs deux petites filles. Mais depuis longtemps Roman cache à... Lire la suite (21 avril)
  • « L’Adieu à la nuit »
    Muriel est une grand mère comblée le jour où elle apprend que son petit fils de vingt ans va venir passer quelques jours avec elle avant son départ pour le Canada. Mais très vite, intriguée par son... Lire la suite (20 avril)