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"Un conte d’été polonais" un film de Andrzej Jakimowski - sortie en salle le 22 octobre

Stefek a dix ans, il n’a pas froid aux yeux et si, au cours de cet été-là, il passe beaucoup de son temps à traîner dans la gare du village, c’est qu’il croit dur comme fer que son père qui a quitté la maison depuis longtemps, va un de ces jours réapparaître.
Elevé par sa mère et sa sœur aînée avec laquelle il entretient une complicité bourrue, il est persuadé, depuis qu’il pense avoir agi sur la vente miraculeuse d’un étal de pommes, qu’il est doté d’un pouvoir surnaturel et qu’il peut jouer avec le destin.
Dès lors, aidé de ses accessoires, bouts de ficelle, pièces de monnaie et soldats de plomb, il va imposer sa volonté à un inconnu croisé dans la gare et le prendre dans les mailles de son filet…
Une des premières images du film montre le frère et la sœur mordant à pleines dents dans des tranches de pastèque, en plein soleil, au bon milieu de la rue. Que ce soit par gourmandise ou pour épancher leur soif, cette scène donne toute la tonalité du film : tirer le maximum de ce qui est offert, mordre avec délectation dans un fruit ordinaire et ne jamais bouder son plaisir.
Les sujets abordés ici : atteindre à tout prix un but fixé malgré les obstacles, confronter les rêves de l’enfance à la rudesse du monde adulte, s’attacher aux liens qui peuvent unir un frère et une sœur, vivre une existence modeste, et l’absence du père pouvaient déboucher sur un traitement sombre et tomber facilement dans le misérabilisme. Au contraire de cela, Andrzej Jakimowski nous donne à voir un film lumineux, à la fois conte de fée et peinture réaliste d’une existence terne et sans relief. L’un empiétant sans cesse sur le domaine de l’autre.
La mère encore belle, dans son épicerie modeste, la sœur dans le restaurant où elle est serveuse, et le jeune garçon oisif qui ne démord pas de l’objectif qu’il s’est fixé forment un trio entre les éléments duquel passe une vraie tendresse et une complicité qui représentent une vraie force.
"Un conte d’été polonais " est un film d’extérieur et de soleil et les rares scènes qui se passent en intérieur sont toujours sur le point de finir. C’est vrai pour les personnages de la mère et de la sœur. C’est vrai pour Stefek qui ne peut pas rester longtemps enfermé et qui trouve toujours une bonne raison pour sortir ou le moyen de s’échapper.
Le pouvoir magique de Stefek qui agit sur l’étal de pommes ou sur l’envol d’une colonie de pigeons parviendra-t-il à transformer en père le mystérieux voyageur en transit dans la petite gare ? Le conte portera-t-il jusqu’au bout sa pleine lumière sur l’univers étriqué de cette poignée de personnages ?
Un beau film qui, s’il est réjouissant, n’en conduit pas moins ses sujets douloureux jusqu’au bout.
Francis Dubois

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