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Un cri d’alarme « Menace sur nos neurones. Alzheimer, Parkinson… et ceux qui en profitent » et « Nanotoxiques. Une enquête »

Maladie d’Alzheimer, Parkinson… Des termes qui font frissonner de peur, suinter l’angoisse. Comment se soigner ? L’industrie pharmaceutique en joue pour vendre ses remèdes. Elle s’inscrit dans une « industrie du soin » comme la nomment Marie Grosman et Roger Lenglet dans cette enquête, « Menace sur nos neurones ». Ils font aussi le procès de tous ceux qui en profitent comme l’indique le sous titre.

Notre monde est « neurotoxique ». Tous les ingrédients se trouvent dans l’accumulation des déchets, dans les matériaux utilisés, dans les conséquences d’une volonté de faire du profit. Par exemple, l’amiante. Sa nocivité est connue depuis au moins les débuts du 20e siècle sans empêcher son utilisation massive dans toutes les constructions, dans les colles… Il faudrait, suivant l’industrie du bâtiment, désamianter plus de 80% des constructions. Travail de titan refusé par cette industrie qui ne veut pas respecter les normes, pourtant nécessaires, édicter par les gouvernements successifs, normes qui réduiraient leur profit. Du coup, les populations, nous, vous, sommes obligés de vivre avec l’amiante et de risquer le cancer qui se propage.

Cet exemple n’est pas développé dans le livre. Il fait l’objet d’autres études mais il démontre à l’évidence la force des groupes de pression qui ont empêché toute interdiction. La santé publique n’est pas le problème de ces industries.

Ces maladies neurologiques se traduisent par une perte totale d’identité, de mémoire. Elles ne sont pas liées à l’âge, démontrent les auteurs, mais à notre environnement et à la nécessité du fameux retour sur investissement. Nous vivons entourés d’ondes qui peuvent provoquer de nouvelles maladies, des maux de tête à répétition. Les individus y sont plus ou moins sensibles. Il faut savoir prendre des précautions et éviter de trop utiliser son téléphone mobile ou le wi-fi. C’est loin d’être facile et ne dépend pas forcément de chacun(e) d’entre nous.

Cette enquête, dont la première publication date de 2011 et qui vient d’être rééditée en poche, se termine par un « Que faire ? » qui n’insiste pas suffisamment sur la question du service public, de la nécessité de sortir de la logique de la valorisation du capital mais un peu trop sur les responsabilités individuelles. La connaissance de ces phénomènes n’est pas la chose du monde la plus partagée. Les auteurs eux-mêmes dénoncent le matraquage idéologique et médiatique qui ne permet pas de prendre conscience de ces dangers.

Ils proposent, entre autres, et on ne peut que leur donner raison, des interdictions simples, celles du plomb et du mercure dans les plombages par exemple, mercure qui se retrouve aussi dans les filtrages des eaux usées, interdictions qui relèvent de la puissance publique.

Roger Lenglet vient de publier une nouvelle « enquête » - c’est le sous-titre – sur les nanotechnologies au titre sans ambiguïté, « Nanotoxiques ». Ces « nanomatériaux » sont présentés comme la révolution technologique de notre temps. Ils doivent permettre de combattre tous les fléaux. Nos vêtements deviennent de véritables armes anti virus pour protéger notre santé.

L’auteur fait la démonstration – et j’insiste sur démonstration – que certaines de ces nanoparticules sont toxiques et peuvent provoquer cancers, mutations génétiques, perturbations neuronales entre autres. Il en dresse une liste vraisemblablement non exhaustive.

Il met aussi à jour le poids des groupes de pression industriels sur les politiques et leur incessant travail de contournement de la réglementation. Les industriels sont obligés de tester leurs produits avant de les diffuser et… ils ne le font pas. Là encore la santé publique passe au énième plan. Il sera ensuite trop tard pour éviter ces nouvelles maladies… L’industrie pharmaceutique surfera sur elles pour promouvoir de nouveaux médicaments…

Il serait temps de nationaliser cette industrie pour qu’elle réponde aux impératifs de la santé publique et de revenir à la recherche fondamentale. La présupposition est de rompre avec le temps court qui domine le monde obligeant à augmenter les profits à court terme. Revenir à un temps long est de la responsabilité politique.

Nicolas Béniès.

« Menace sur nos neurones. Alzheimer, Parkinson… et ceux qui en profitent », Marie Grosman et Roger Lenglet, Babel ; « Nanotoxiques. Une enquête », Roger Lenglet, Actes Sud .

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