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Un film de Michael Winterbottom (Angleterre)

"Un été italien" Sortie en salles le 15 avril

Le titre du film n’est pas trompeur. Le récit est bien celui d’un été passé en Italie, à Gènes, à ceci près que les protagonistes du récit viennent d’être terrassés par un deuil brutal.
Une femme voyage en voiture sur une route enneigée en compagnie de ses deux filles, une grande adolescente et une enfant d’une dizaine d’années. Le jeu qu’elles ont engagé qui consiste, les yeux fermés, à deviner la couleur des véhicules qu’elles croisent crée tout à coup une sorte de malaise grandissant. Et lorsque l’accident survient qui sera fatal à la mère, on se sent presque délivré…
Sans doute pour mieux supporter le deuil, le père décide de s’exiler avec ses deux filles pour une année à Gènes où on lui propose un poste de professeur dans une université.
Ils sont chaleureusement accueillis par Barbara une collègue de promotion de Joe qui les aide à organiser leur nouvelle vie. Entre leçons de piano, baignades, farniente, visites d’églises et de musées, les journées s’écoulent dans une apparente douceur…
Mais en réalité, l’aînée des filles multiplie les flirts et la cadette fait de fréquentes rencontres avec les apparitions de sa mère…
Et le drame que sous tendait la scène d’ouverture pèse dorénavant sur tous les moments du récit, non pas de façon palpable ou insistante mais comme une constante et diffuse menace. Il suffit que la cadette s’égare pendant quelques heures au cours de la visite d’un monastère ou que l’aînée rentre chez elle à l’arrière d’un scooter piloté par un jeune homme qui a bu ou fumé pour que l’angoisse s’installe sans qu’aucun effet de caméra, aucune musique redondante ne viennent en renfort…
C’est comme si la mort accidentelle de la mère avait ouvert une brèche où le malheur pouvait à tout instant s’engouffrer.
Le suspens qui se met en place qu’on pourrait qualifier de naturel tant il reste dans le domaine d’un quotidien ordinaire, n’appuie jamais sur les touches des procédés habituels.
Sont-ce les ruelles étroites de la vieille ville où l’on s’égare facilement et qu’empruntent quotidiennement les uns les autres, la tendance qu’a la cadette à suivre ce qu’elle prend pour des apparitions de sa mère, les écarts de conduite de la fille aînée, l’inquiétude d’un père qui devra assumer dorénavant seul l’éducation des ses filles qui créent cette impression de menace ?
"Un été italien" est un beau film sensible dont le récit trouve son efficacité dans l’observation minutieuse et juste d’un microcosme fragilisé. Aucun effet n’alourdit jamais la narration qui garde sa souplesse et une sorte de légèreté. Rien d’autre qu’un enchaînement de moments ordinaires dans la vie d’êtres dont le comportement est lié à une souffrance latente mais jamais pesante.
Si les comédiens sont tous excellents Colin Firth qui joue Joe mérite une mention spéciale.
Il est magnifique de présence en père attentif fragilisé.
Francis Dubois

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