Actualité théâtrale

Jusqu’au 13 février à l’Atalante

« Un jour en octobre »

Dans une petite ville de province une jeune fille, Catherine, vient d’accoucher en cachette. Lors de l’accouchement, son précepteur, l’abbé Jattefaux l’a entendue prononcer le nom du père, le lieutenant Jean-Marc Marrien. Son oncle, M. Coste, convoque le lieutenant, mais celui-ci affirme n’être jamais venu dans cette ville. L’abbé dit avoir surveillé Catherine et ne comprend pas ce qui a pu se passer. Survient enfin un garçon-boucher qui affirme être le père, mais se dit prêt à s’effacer si on le dédommage ! Quant à Catherine, elle n’en démord pas, le père est le lieutenant.

Théâtre : Un jour en octobre

La pièce, écrite en 1925 par Georg Kayser, un auteur des plus joués en Allemagne de 1919 à 1933 avant d’être contraint à l’exil par les Nazis, est autrement plus troublante qu’il n’y paraît. À l’instar de La petite Catherine de Heilbronn de Kleist dont elle partage le prénom, Catherine Coste cite avec une tranquillité et une détermination sans failles les lieux de sa brève rencontre avec le lieutenant et ébranle toutes les certitudes, celles de son oncle comme celle du lieutenant Marrien. Les dialogues sont brefs, rapides, incisifs, empreints d’une ironie doucement amère. Tous les personnages dans l’enquête menée par l’oncle de Catherine visent à éviter que les règles de la bienséance bourgeoise ne soient violées. Dans ce monde tous poursuivent leur intérêt, y compris le garçon-boucher. Tous sauf Catherine, qui s’accroche à son rêve et réussira à le faire partager au lieutenant Marrien.

Agathe Alexis a choisi de jouer la pièce comme dans l’urgence. M. Coste convoque les personnages, les interroge et dans les réponses apparaissent les contradictions et les destins mis à nu. Un voile au fond de la scène sépare le devant, celui des interrogatoires, du monde réel, rationnel, et le fond, lieu du non-dit, de l’imagination et du rêve. On passe de la sécheresse des interrogatoires aux rêves de Catherine et aux aspects comiques des interventions de l’abbé Jattefaux (Jaime Azulay), si sûr de ne pas l’avoir quitté des yeux. Hervé Van Der Meulen incarne l’oncle Coste qui cherche la vérité avec une rationalité un peu brutale, prêt à acheter le silence du garçon-boucher, incarné par Benoît Dallongeville. Celui-ci donne à cet homme la ruse et la violence d’un petit voyou qui voit le parti qu’il pourrait tirer de la situation. Mais cela ne lui permettra pas de résister au lieutenant Marrien (Bruno Boulzaguet) qui glisse peu à peu dans le rêve de Catherine. Ariane Heuzé donne à celle-ci toutes ses ambiguïtés. Presque petite-fille avec son oncle, respectueuse et franche avec son précepteur, déterminée et convaincante avec le lieutenant qu’elle fait peu à peu basculer dans sa vérité. Elle est celle qui, sous une apparente bonne foi, sème le trouble. Mais qui est-elle vraiment ?

Micheline Rousselet

Lundi et vendredi à 20h30, mardi, jeudi et samedi à 19h, dimanche à 17h

L’Atalante

10 place Charles Dullin, 75018 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 46 06 11 90

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