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Un film de Clovis Cornillac (France)

"Un peu, beaucoup, aveuglément" Sortie en salles le 6 mai 2015.

Ils sont voisins et la cloison qui sépare leurs deux appartements est si mince que le moindre bruit provenant de chez l’un résonne chez l’autre.

Elle l’assomme avec son piano ou son métronome et le voisinage de cet inventeur misanthrope de jeux d’échecs sophistiqués est insupportable à la jeune pianiste.

Pourtant, sans s’être jamais vus, ils vont s’habituer l’un à l’autre et les bruits de l’un et de l’autre vont devenir nécessaires au quotidien de chacun .

Et lorsque lui reçoit à dîner son meilleur ami, elle prépare un repas à l’identique pour passer un moment avec sa sœur…

Cinéma : Un peu, beaucoup, aveuglément

L’idée de départ du film de Clovis Cornillac était prometteuse.

Tout dépendait du parti qu’il allait en tirer, du rythme de comédie qui allait en résulter, des surprises de scénario qu’un tel sujet allait pouvoir engendrer.

Certaines situations inspirées trouvent leur veine. Et si avec elles, le comédien passé à la réalisation arrive à faire sourire (rire parfois), il s’empêtre à d’autres moments dans des situations trop prévisibles qui alourdissent l’édifice du récit.

La rencontre aveugle, de part et d’autre d’une cloison "poreuse", d’un homme bougon dont la vie se résume à travailler sur d’étranges inventions et d’une jeune pianiste (au début du récit un peu trop naïve) imposait les contraintes d’un récit se déroulant, pour la plupart des séquences, dans un lieu fermé, limité aux deux appartements.

Le seul rapport des personnages avec l’extérieur se limite, pour lui, aux relations qu’il a avec son ami fidèle et pour elle, à celles qu’elle entretient avec sa sœur et avec un mentor qui doit la préparer à une audition qui sera déterminante pour sa carrière.

Les deux personnages centraux du récit, comme pris au piège de l’enfermement, sont voués à un comportement répétitif et les personnages secondaires arrivent bientôt à épuisement de leurs ressources de valets de comédie.

Reste, et c’est là que le sujet arrive presque à tenir ses promesses, l’évolution des rapports entre les deux protagonistes dans des circonstances particulières.

Sans s’être jamais vus, ils vont être amenés à vivre une vraie rencontre en passant par toutes les étapes de la relation amoureuse.

Leurs rapports commencent par une forte hostilité, un malin plaisir à provoquer l’autre avec une surenchère sonore.

Puis les deux personnages se mettent à se tolérer et à trouver bientôt dans les agissements de l’autre, de l’autre côté de la cloison, une sorte de remède bienvenu à sa solitude.

Lorsqu’une vraie communication s’établit entre eux, elle ouvre sur un besoin l’un de l’autre qui conduit au déclic amoureux.

Clovis Cornillac n’est pas passé loin de la franche réussite avec " Un peu, beaucoup, aveuglément ".

Si un problème de rythme empêche parfois son récit d’y accéder, il n’est pas certain qu’en se donnant le rôle du bougon misanthrope, il ait été inspiré.

Il aurait fallu que le personnage de l’inventeur passionné par ses recherches, même taciturne, garde la légèreté qui convienne à un personnage de comédie.

Or, le metteur en scène prend son personnage trop au sérieux et l’acteur ne fait pas mouche à tous les coups. Un problème d’écriture, d’interprétation qui peine à trouver le ton juste ?

Un problème de rythme ?

Dommage, car le plaisir a bien failli être total.

Francis Dubois

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