Actualité théâtrale

en tournée dans toute la France

« Un pied dans le crime » de Labiche - mise en scène Jean-Louis Benoit

Jean-Louis Benoit, directeur du Théâtre de La Criée à Marseille, amené à jouer hors les murs son théâtre étant en travaux, a exhumé cette pièce de Labiche peu jouée depuis sa création en 1866 au Théâtre du Palais Royal, où elle avait connu un grand succès. Pourtant elle a toutes les caractéristiques des pièces au vitriol de Labiche. Cela commence en querelles de voisinages pour des histoires de chat aux ébats amoureux trop bruyants et de statues trop suggestives, et se poursuit en quiproquos multiples autour d’un homme, qui a rêvé d’être juré et se retrouve le jour venu, à devoir juger un homme accusé d’un crime que lui-même a commis. Ce pourrait être un cas de conscience douloureux, mais c’est oublier que chez Labiche le bourgeois est « un animal qui offre des ressources inépuisables à qui sait le voir. C’est une perle de bêtise qu’on peut monter de toutes les façons ». « Un pied dans le crime » illustre à merveille ce propos d’E. Labiche. Les quiproquos, les situations loufoques, la férocité des rapports entre les personnages, leur muflerie à l’égard des femmes, leur appétit pour l’argent et leur goût de la gaudriole abondent. On se moque avec délectation des vices et des ridicules de ces bourgeois.

La mise en scène de Jean-Louis Benoit s’amuse à croquer le portrait au vitriol des mesquineries, des lâchetés et des hypocrisies de ces bourgeois en les affublant de perruques aussi désordonnées que les accidents qui encombrent leur vie, de faux-nez ou d’oreilles en feuilles de chou qui soulignent la cruauté du propos de d’E. Labiche qui n’est guère tendre pour cette cohorte de mufles bêtes et méchants. Ces artifices leur composent une dégaine digne des caricatures de Daumier. Si le ressort du vaudeville est l’erreur et si c’est la succession à un rythme fou de ces erreurs qui crée le rire, les pièces de Labiche offrent pourtant de grands numéros aux acteurs. Dominique Pinon, en Gaudiband ahuri embarqué dans des décisions de plus en plus folles, est parfait, tout comme Philippe Torreton, en Gatinais écartelé entre son désir d’être juré, ce qui le poserait socialement, et son amitié pour celui qui est accusé du crime qu’il a lui-même commis ! Les autres acteurs, les femmes en particulier, semblent s’amuser tout autant dans ce tourbillon haut en couleurs. Il y a même des chansons que le public est amené à reprendre et l’on se retrouve à chanter, ce qui ne manque pas de sel aujourd’hui : « Rien n’est plus beau que notre France ! Aimons-la de tout notre cœur ! Pour les crimes pas de clémence. Vive la France et l’Empereur ! » C’est très drôle, mené à un rythme d’enfer et les acteurs sont excellents.
Micheline Rousselet

En tournée :
13 au 16 novembre, Istres > 20 novembre (partenariat Réduc’snes), Alès > 25 au 27 novembre, Nantes > 2 au 10 décembre, Blagnac > 15 au 19 décembre Compiègne > 6 et 7 janvier, Meylan >11et 12 janvier, Aubervilliers > 18 au 22 janvier (partenariat Réduc’snes), Nice > 26 au 30 janvier, Villefontaine > 2 au 4 février, Villefranche > 8 au 10 février Décines > 15 et 16 février, Carcassonne > 19 février, Privas > 24 et 25 février

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