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Un film de Jacques Audiard (France)

"Un prophète" Sortie en salles le 26 août

Malik a dix neuf ans. Il ne sait ni lire ni écrire, n’a aucune famille en France et pour une raison qui n’est pas vraiment livrée, il est condamné à six ans de prison. C’est un jeune homme fragile, toujours sur le qui-vive qui débarque en Centrale pour tomber aussitôt sous la coupe du clan des Corses dont César Luciani est le chef, une redoutable organisation qui règne à la fois sur le monde des détenus et sur celui des matons. D’entrée, Malik est chargé d’une mission, tailler au rasoir la gorge d’un prisonnier gênant.
Le film de Jacques Audiard supporte sa durée de deux heures vingt neuf grâce à la composition magistrale de deux comédiens exceptionnels dont le jeu, la présence sont beaucoup plus passionnants que la trame narrative : Tahar Rahim, un inconnu jusque là, qui interprète Malik et Niels Arestrup qui endosse avec prestance et infiniment de
subtilité le personnage du Parrain corse.
Et si Jacques Audiard était surtout un remarquable directeur d’acteurs ? Et si, comme ici, le personnage lui importait plus que l’histoire qui ne serait qu’un prétexte ?
SNES_UnProphete
"Un prophète" est un film policier qui a la particularité de se passer en milieu carcéral, qui alterne des scènes saisissantes, des scènes attendues et une large part documentaire. Parfaitement construit, il ne réserve dans son déroulement narratif que peu de surprises. On devine l’issue du transfert de la cargaison de drogue comme on sait à l’avance ce qui attend Malik au cours de son voyage éclair à Marseille. Il y a même, par instants, une sorte de candeur qui intrigue, de naïveté dans l’articulation des séquences. Et à chaque fois, ce sont les comédiens qui prennent l’avantage. On se prend à laisser de côté une trame narrative qui finit même par distiller un certain ennui pour ne plus s’attacher qu’aux personnages ou à la partie documentaire qui nous renseigne sur ce que nous savons déjà à propos du milieu carcéral, saleté, corruption, trafic et abus de pouvoir, et sur ce que nous connaissons moins, la guerre des clans et l’émergence de lobbies musulmans dans les prisons.
Le film aurait-il gagné à être plus court, plus resserré ? Sans doute pas. Car il a besoin de temps pour mettre en place comme il le fait si bien, la formidable évolution du personnage de Malik.
Si bien, car la transformation se fait sans qu’on la voit, de façon imperceptible. Sont responsables de cette magie, la conception même du personnage mais surtout l’étonnante composition de ce comédien novice qui embarque avec le moindre geste, le moindre regard, un sourire qui rassure…
"De battre mon cœur s’est arrêté" était un film lisse, un peu glacé. Celui là est tout le contraire, âpre et indocile. Jacques Audiard est un virtuose de la pellicule jusqu’à l’excès, mais c’est surtout un magnifique inventeur de personnages et quand on sort du film, ce qui reste surtout, c’est la silhouette et le visage angélique de Malik.
Francis Dubois

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