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Un film de Khaled Ghorbal (France-Tunisie)

"Un si beau voyage" Sortie en salles le 18 mars

Mohamed fait l’unanimité. Ses voisins de chambre, dans le foyer où il réside depuis des années, les habitués du bar où il va de temps en temps prendre un verre, les clients du marché où il fait ses courses, tous apprécient cet homme rigoureux qui, s’il n’est pas d’un naturel bavard, est d’une générosité et d’une sagesse sans failles.
Mais pour Mohamed, le monde s’effondre le jour où le Directeur du foyer lui annonce qu’en tant que retraité, il doit maintenant libérer la chambre.
Dans l’impossibilité, à cause de ses maigres revenus, de trouver un nouveau logement, Mohamed décide d’aller vivre en Tunisie, son pays d’origine où il n’est pas retourné depuis bien longtemps.
Le film dont le sujet n’est pas neuf, réussit à renouveler le propos, grâce à une mise en scène fluide parfaitement maîtrisée et mesurée et à l’interprétation magnifique de Farid Chopel.
La première partie de "Un si beau voyage" se passe à Saint-Denis. Elle est la description minutieuse de la vie d’un homme minutieux dont l’existence repose sur des gestes et des activités répétées, soigneusement réglés, comme si l’objectif de Mohamed était d’être irréprochable à tous points de vue.
Il avance d’un même pas, quelles que soient les circonstances, se déplace avec une grâce et une fermeté qui n’appartiennent qu’à lui. Il agit avec la même application, la même méticulosité qu’il s’agisse de laver sa chemise dans le lavabo de la chambre, de l’étendre sur un fil qu’il accroche à chaque fois à cet effet, qu’il fasse les courses ou qu’il prépare, pour régaler tout le monde, une gigantesque paella telle que lui a appris à la cuisiner Pilar, son ancienne maîtresse espagnole avec qui il n’entretient dorénavant plus qu’une relation amicale.

La deuxième partie du film est l’épisode tunisien. Mohamed doit rejoindre une famille perdue de vue depuis longtemps dans le sud du pays, retrouver un cousin accueillant, un frère perverti par sa réussite en affaires et surtout un pays où il n’a pas sa place, peut-être parce qu’il n’y aura jamais ses habitudes, qu’il n’y mènera jamais cette vie réglée qu’il avait en France, qu’il n’y côtoiera pas des personnes de la qualité de ses voisins de chambre au Foyer de Saint-Denis. Il y a le déracinement mais il y a aussi le mal qui le ronge doucement et qui va prendre le dessus dans les nouvelles conditions de vie.
Le passage dans sa famille n’était qu’une étape du voyage de Mohamed. La vraie destination était le désert où, dans la solitude totale et un horizon de sable, il va reprendre avec la même application, la même rigueur, les gestes de la vie adaptés aux circonstances.
On garde, bien après la fin de la projection l’image inimitable de cet homme élégant à la démarche souple. Comme on garde la profondeur, l’acuité de son regard qui est aussi celui de Farid Chopel disparu quelque temps après la fin du tournage.
Francis Dubois

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