Actualité théâtrale

Au Théâtre de l’Opprimé -partenaire Réduc’Snes- jusqu’au 4 novembre 2012

"Un siècle d’industrie" de Marc Dugowson Mise en scène d’ Hugo Malpeyre.

Le texte de " Un siècle d’industrie ", écrit par Marc Dugowson, est librement inspiré de l’histoire de la firme Topf und Söhne et de celle de l’ingénieur Kurt Prüfer.

Après la première guerre mondiale, Otto Krüg est embauché au sein de la firme Kolb, une entreprise spécialisée dans le traitement des déchets.

Devenu l’amant de Gertha, la femme du directeur, il gravit les échelons, devient l’homme clé de l’entreprise et en 1940, assurera le développement de la firme en engageant un nouveau marché, celui du crématorium de Maldebourg.

Il répondra à la demande de la SS pour créer des techniques de plus en plus performantes, accroître la capacité des fours crématoires et collaborer à la mise au point des chambres à gaz.

Mais les Russes et les Américains, en gagnant du terrain, mettent un terme à une entreprise florissante. La guerre contre les juifs perdue, Kolb se suicide, Ritter disparaît dans le Goulag.

Seule survit Gertha, encore vivante, qui témoigne aujourd’hui de l’Histoire…

Le texte de Marc Dugowson est solide, adroitement construit et même s’il s’attarde un peu trop sur l’histoire d’amour entre Gertha et Otto, il conserve de bout en bout énergie et efficacité.

L’auteur traite avec la subtilité de l’évidence l’engagement pour la seule réussite de la firme. Il entraîne les personnages sur des voies redoutables, les plaçant ainsi au cœur du processus de l’extermination massive des juifs d’Europe, les amenant à participer, de façon individuelle (et pour certains inconsciente) au plus grand génocide mondial d’hier.

Et la pièce résonne en écho avec les génocides qui ont suivi ou qui se produisent encore. On pense à l’Arménie, au Rwanda ou au Tibet…

Dommage qu’Hugo Malpeyre, jeune metteur en scène fougueux et ponctuellement si talentueux ait parfois opté pour une agitation un peu brouillonne qui, au lieu de servir le texte, le rend ici et là, inaudible.

Était-il besoin qu’à certains moments, sans doute pour renforcer l’intensité du texte (qui n’en a pas besoin), les interprètes forcent ainsi la voix et qu’une musique excessive vienne gêner l’écoute ?

A ces quelques réserves près, ce spectacle qui ne se donne sur le plateau de l’Opprimé que jusqu’au 4 novembre vaut le détour.

Le jury du Concours "jeunes metteurs en scène 2012" ne s’est pas trompé en attribuant à " Un siècle d’industrie" une mention spéciale et le Prix du Théâtre 13.

Il ne reste plus à souhaiter que ce spectacle, débarrassé de quelques "scories", soit repris sur une autre scène et puisse rencontrer un plus large public.

Théâtre de l’Opprimé – 78 rue du Charolais 75 012 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 40 44 44

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