Actualité théâtrale

au Théâtre de la Commune d’Aubervilliers

"Un soir, une ville…" Jusqu’au 29 janvier

Ce n’est pas la première fois que Didier Bezace met en scène des pièces de l’auteur australien Daniel Keene. L’univers de cet auteur entre en résonance avec ce qui intéresse le metteur en scène, des personnages fragiles, souvent pauvres et marginalisés, perdus dans un univers urbain glacé et qui tentent d’échapper à la solitude et au désespoir..

Cette fois Didier Bezace a rassemblé trois courtes pièces, « Fleuve », « Un verre de crépuscule » et « Quelque part au milieu de la nuit ». Dans chacune de ces trois pièces, dit Daniel Keene, « il y a un fossé douloureux, un espace vide et muet entre les personnages, ce fossé ou cette béance est ce qu’au moins un des deux personnages essaie de franchir ou de combler. Un personnage reconnaît chez l’autre une souffrance, une solitude, un combat contre le désespoir et il tente de l’aider par un geste de compassion ». Un enfant place avec tendresse une couverture sur son père, un paumé serre dans ses bras celui qu’il semblait haïr peu avant. Daniel Keene a le mérite, dans son théâtre, de donner la parole aux pauvres et aux exclus. Il les montre avec leurs fragilités, leurs contradictions, mais aussi leur capacité à aimer et leur désir d’être aimé. Il leur donne une image vraie dans un monde où prédominent les valeurs de l’argent et de la réussite. On est d’ailleurs frappé par la remarque du père dans « Fleuve » demandant à son fils si les gens qu’on voit à la télévision toujours souriants, avec une belle voiture et une belle maison, existent vraiment ou ont été inventés.

Pour sa mise en scène, Didier Bezace a choisi un décor sobre qui suffit pour nous plonger dans une ambiance particulière. Dans « Fleuve », par exemple, pour la rencontre du père et de l’enfant, un haut lampadaire, un trottoir, un banc, le bruit de la mer et le cri des mouettes créent un cadre poétique qui devient peu à peu sombre et glauque. Entre chacune des trois pièces, la projection vidéo en noir et blanc d’un flot de voitures qui se croisent dans la nuit, sans aucun signe de présence humaine, nous introduit dans une atmosphère de solitude au milieu du mouvement de la ville. Un tombé de rideau scande les scènes, introduit de nouveaux lieux, de nouveaux moments. On peut toutefois regretter que Didier Bezace en abuse dans la dernière pièce (une phrase seulement entre deux levers de rideau), ce qui casse un peu le rythme de la pièce. Les éclairages sont très réussis et, avec la musique, créent une ambiance à la fois poétique et mélancolique.

Il faut surtout saluer la distribution excellente. Patrick Catalifo, dans « Fleuve » incarne ce père désemparé, devenu chômeur et un peu alcoolique, qui voudrait tant être un père parfait, qui fait face à un enfant qui l’aime et veut lui faire plaisir, tout en craignant l’insécurité que ce père représente pour lui. En alternance, Maxime Chevalier Martinot et Simon Gérin incarnent l’enfant. Admirablement dirigés, ils sont cet enfant qui peu à peu devient plus grave et responsable que l’adulte, un enfant qui comprend, décide et est capable des petits gestes qui montrent son amour. On gardera aussi longtemps le souvenir de Geneviève Mnich en vieille dame qui perd la mémoire et que sa fille, Sylvie Lebrun très émouvante, tente de ramener dans le réel. Thierry Levaret et Daniel Delabesse forment enfin un duo de paumés touchants. Tous savent dire mais aussi laisser place au silence et il en sort une humanité, pas vraiment brillante, mais belle et émouvante.

Micheline Rousselet

Mardi et jeudi à 19h30, mercredi, vendredi et samedi à 20h30, dimanche à 16h.
Théâtre de la Commune
2 rue Edouard Poisson, 93304 Aubervilliers
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 48 33 16 16
Theatredelacommune.com

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