Actualité théâtrale

Jusqu’au 25 octobre au théâtre 14

« Un tango en bord de mer », de Philippe Besson Mise en scène Patrice Kerbrat

Ils sont deux, la nuit, au bar d’un hôtel en bord de mer. On comprend vite que ces deux hommes se sont aimés et que la rupture a été douloureuse. Tout semblait les séparer, la différence d’âge, de milieu, de culture. Ils se sont rencontrés par hasard ce jour-là et l’aîné, écrivain, a demandé au plus jeune de le rejoindre. Ils vont passer la nuit à parler et découvrent ce qu’ils n’ont pas su se dire autrefois, l’amour, les malentendus aussi.

Dans cette pièce comme dans plusieurs de ses romans, plusieurs fois sélectionnés pour des prix prestigieux, dont Son frère adapté au cinéma par Patrice Chéreau, Philippe Besson s’attache à observer les relations entre des hommes qui s’observent, se méfient, s’attirent et se repoussent, comme dans le tango du titre.

Dans ce spectacle il y a d’abord une superbe écriture théâtrale pleine de sensibilité, de violence aussi dans les sentiments qui s’expriment, qui laisse place aux silences comme aux formules percutantes « la notoriété, c’est du champagne ». Les dialogues s’enchaînent et l’intérêt ne faiblit jamais. Il y a tant de choses dans cette relation amoureuse, l’admiration du jeune amant pour l’écrivain, sa jalousie pour ce travail qui lui enlève son amant, la peur de trop s’exposer et de devenir vulnérable, les incompréhensions et les contresens du plus âgé, sa vulnérabilité aussi. Décor et lumières (Laurent Béal) créent une atmosphère de bar de palace de bord de mer désert la nuit, où tout devient possible et qui favorise les confidences. La mise en scène de Patrice Kerbrat donne toute leur puissance au jeu des deux acteurs. Jean-Pierre Bouvier, habitué du cinéma et de la télévision et homme de théâtre accompli, est ici remarquable. Il est l’écrivain sûr de lui, un peu condescendant face à son jeune amant qui n’a pas fait d’études et ne lit pas. Mais il sait faire évoluer son personnage de l’étonnement face à un partenaire, dont il découvre qu’il l’a sous-estimé, à la révélation de ses blessures et à la nostalgie face au temps qui passe et le rapproche de la vieillesse. Le jeune Belge Frédéric Nyssen joue son personnage de jeune amant avec une palette de nuances d’une richesse surprenante. C’est un grand duo d’acteurs qui nous offre ce beau texte. Il y a de la tendresse, de la nostalgie et des fulgurances que l’on n’oublie pas.

Micheline Rousselet

Mardi, vendredi et samedi à 20h30, mercredi et jeudi à 19h, le samedi à 16h

Théâtre 14

20 avenue Marc Sangnier, 75014 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 45 45 49 77

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « An Irish story »
    En 1949, Peter O’Farell quitte son pays l’Irlande du Sud à 19 ans pour venir chercher du travail à Londres, emmenant Margaret, sa jeune femme de 16 ans enceinte. Mais la vie à Londres est dure pour... Lire la suite (16 avril)
  • Voyage au bout de la nuit
    « Voyage au bout de la nuit » est repris du 16 avril au 1er juin du mardi au samedi à 21h Théâtre Tristan Bernard 6 rue du Rocher, 75008 Paris Réservations : 01 45 22 08... Lire la suite (12 avril)
  • « L’amour en toutes lettres »
    Dans les années 30, l’Abbé Viollet dirigeait des revues catholiques et s’occupait du courrier des lecteurs. Des hommes et des femmes lui confiaient leurs interrogations, leurs préoccupations, leurs... Lire la suite (12 avril)
  • « Deux mensonges et une vérité »
    Ne dîtes jamais à votre conjoint que vous vous connaissez par cœur, que, après vingt-sept ans de mariage, rien ne peut plus vous surprendre. C’est pourtant l’erreur que commet Philippe, et Catherine... Lire la suite (10 avril)
  • « Les chaises »
    On sort du théâtre de l’Aquarium avec l’impression d’avoir vu pour la première fois cette pièce, pourtant si souvent jouée comme il sied à un classique du XXème siècle. Parce que Ionesco est catalogué... Lire la suite (5 avril)