Actualité théâtrale

Jusqu’au 12 avril au Théâtre La Scène parisienne

« Un tramway nommé Désir »

Blanche Dubois, en pleine dégringolade sociale, saute dans un tramway nommé Désir pour se réfugier chez sa sœur Stella à La Nouvelle Orléans. Mais Stella est mariée à un ouvrier d’origine polonaise et vit dans un logis très modeste. Le heurt entre Stanley Kowalski et Blanche Dubois ne peut être que violent. Elle méprise ce « Polack », violent quand il boit trop, qui lui a pris sa sœur et qu’elle juge vulgaire. Situation difficile à endurer pour Stan, qui ne supporte pas de voir son quotidien déstabilisé et son amour pour Stella menacé. Il fera tout pour se débarrasser de Blanche. Dans la ville qui excite les désirs chacun cherche, parfois au bord de la folie, à trouver sa place.

Théâtre : un tramway nommé Désir

Manuel Olinger, qui a mis en scène la pièce, a souhaité dépasser le duo étouffant que forment Marlon Brando et Vivien Leigh dans le film célèbre tiré de la pièce de Tennessee Williams. Pour lui - et cela correspond bien aux thèmes omniprésents dans l’œuvre de l’auteur, la déchéance sociale, la violence familiale, l’attirance sexuelle, la peur de la folie - c’est le rapport à Stella qui est au cœur du drame. En l’épousant, Stan a entrevu un autre monde plus délicat, plus élevé que le sien. Il est resté accroché aux soirées poker bien alcoolisées avec les copains, il aime Stella mais peut la gifler quand il a trop bu, mais il sait qu’elle l’aime et cela le tire vers le haut. L’arrivée de Blanche met cet équilibre en danger. Quant à elle, elle cherche à fuir sa solitude et sa déchéance et pour cela elle tente de revenir au centre de la vie de Stella.

La scénographie nous plonge dans une Nouvelle Orléans avec ses balcons de fer forgé, ses escaliers qui mènent d’un appartement à l’autre, ses réverbères et le ventilateur qui brasse un air chaud et humide. Un cyclo sur le côté de la scène ajoute des images un peu hachées, recréant l’ambiance de la ville à la fin des années 1940, période où la pièce a été écrite. Le saxophone de Jean-Pierre Olinger, qui joue aussi le rôle de Steve Hubbel, apporte ses notes de jazz et les deux sœurs retrouvent leur complicité en chantant Summertime . La mise en scène fait ressortir à merveille le côté poisseux de la ville, qui constitue le cadre de tous ces désirs, où frustrations sexuelles aussi bien que sociales se confrontent.

Manuel Olinger exacerbe le côté macho de Stan en veste de cuir et marcel noirs, bière à la main, poussant son personnage jusqu’à la vulgarité pour choquer Blanche. Murielle Huet des Aunay joue une Stella toute en générosité et en équilibre instable, amoureuse de son homme mais aimant aussi sa sœur et voulant la sauver. Gilles-Vincent Kapps incarne un Mitch fragile et maladroit qui n’arrivera pas à dépasser les conventions sociales et entraînera dans la chute Blanche. Julie de Laurenti est une émouvante Blanche Dubois qui joue les femmes du monde avec ses robes du soir et ses bijoux en toc, totalement déconnectés du minable logement de Stella. Elle cherche à dominer, ment, provoque, tente de séduire avant de s’effondrer.

Une superbe adaptation qui garde à la pièce toute sa force.

Micheline Rousselet

Du mardi au dimanche à 21h

Théâtre La Scène Parisienne

34 rue Richer, 75 009 Paris

Réservations : 01 40 41 00 00

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