Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

Un film de Dyana Gaye (France)

"Un transport en commun" Sortie en salles le 16 juin 2010

Le taxi-brousse est un moyen de locomotion très répandu au Sénégal. Les passagers s’entassent généralement dans un véhicule au nombre de sept et la voiture ne peut quitter la gare roulière que s’il a fait le plein de ses voyageurs. A moins que ceux-ci n’acceptent de prendre en charge le prix des billets manquants.
Il s’établit très vite entre les postulants au voyage une intimité liée à la promiscuité, aux aléas des préparatifs, à l’attente et très vite se dévoilent, les raisons du déplacement de chacun ainsi que des révélations sur les vies privées, les soucis, les inquiétudes et les raisons de se réjouir. Les différents personnages deviennent bientôt les conteurs de leur propre vie.
Entre Souki qui se rend aux obsèques d’un père qu’elle n’a jamais connu, Malick qui va dire au revoir à sa fiancée avant son départ pour l’Italie, madame Barry qui va retrouver ses enfants après plusieurs années de séparation et Antoine, le routard vont se tisser des liens qui engendreront tour à tour, selon les circonstances et les humeurs de chacun, des sympathies, des moments de conflit, de "raccordailles", dans un esprit d’impatience, de bonne humeur d’irritation, de convivialité ou de rejet.
Les thématiques qu’aborde Dyana Gaye à travers son récit, le désir d’émancipation, la quête d’identité ou le repentir maternel sont fortement ancrées dans la réalité de la vie quotidienne sénégalaise. Et si le récit oscille entre la prise en compte du sérieux des situations de chacun, il ne perd pas de vue le fil de la comédie et de la bonne humeur légendaire qui tient la dragée haute aux circonstances les plus contrariantes.
Le fait d’avoir mis en musique une partie du dialogue, à la façon de Jacques Demy tout en respectant la tradition orale africaine, donne au film un ton de légèreté que viennent parfois nuancer un décor poussiéreux, chaotique ou la fragilité des engagements de certains des protagonistes.
Chacun des personnages engendre son propre thème musical et s’est ainsi que voisinent musique traditionnelle sénégalaise, Rock n’roll, twist des années 60 ou le blues quand la mélancolie atteint, pour un court instant, la pétulante madame Barry.

Dyana Gaye aime d’évidence ses personnages mais elle ne les ménage pas. Elles les filme dans des décors concrets d’embouteillages poussiéreux ou de terrains vagues peu esthétiques et l’on comprend alors que les élans musicaux et chorégraphiques qui ponctuent le film sont dans l’imaginaire des personnages pour mieux repousser les limites du réel.
Dans presque tous les nombreux festivals où il a été présenté, "Un transport en commun" a remporté des prix et enthousiasmé le public. Un récit simple et chaleureux.
Francis Dubois

Autres articles de la rubrique Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

  • « Les Grands voisins. La cité rêvée »
    Maël est un artiste peintre sans papiers, Adrien est luthier et musicien. Eux et d’autres résidents de tous crins et venus de tous les horizons ont donné naissance à une utopie moderne en plein cœur... Lire la suite (14 mai)
  • « The room »
    Kate, elle traductrice et Matt artiste peintre, un couple de trentenaires dans l’impossibilité d’avoir un enfant, lassés d’une existence citadine s’installent dans une maison isolée qu’ils ont achetée... Lire la suite (14 mai)
  • « Benni »
    Benni est une fillette de dix ans enfermée depuis sa petite enfance dans un état d’ instabilité, une suractivité permanente et des accès de violence qu’elle ne parvient pas à contenir. Prise en charge... Lire la suite (17 mars)
  • « Le cœur du conflit »
    Un cinéaste japonais et une cinéaste française décident de faire ensemble, non pas un enfant qui serait jeté en pâture à une société offerte à un avenir de plus en plus inquiétant, mais un « enfant... Lire la suite (11 mars)
  • « Femmes d’Argentine »
    En Argentine l’IVG est interdite et les femmes qui la pratiquent clandestinement peuvent encourir des peines de prison si elles sont dénoncées. Toute hospitalisation pour traiter les séquelles d’un... Lire la suite (10 mars)