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Un film de Dyana Gaye

"Un transport en commun" au Festival du Court métrage à Clermont-Ferrand 2010

Entretien avec Dyana Gaye réalisatrice de « Un transport en commun » présenté au Festival du Court métrage à Clermont-Ferrand 2010 (voir sur le Festival et pour d’autres films, et un entretien avec Liliane Rovere pour "Modus Vivendi")

« Un transport en commun » est le quatrième film de cette jeune réalisatrice qui a étudié le cinéma à l’Université Paris8 de Saint-Denis. Lauréate de la Bourse Louis Lumière-Villa Médicis Hors-les- murs- elle tourne son premier film « Une femme pour Souleymane » remarqué dans plusieurs festivals. Puis "Deweneti" qui connaîtra une large diffusion et fut, en dehors de multiples récompenses, nominé aux Césars 2008.

US : Il fallait, pour succéder à "Deweneti" qui t’a fait connaître, rester dans un certain esprit mais aussi te renouveler. Comment est né le projet de "Un transport en commun" ?
Dyana Gaye  : Le projet est né de carnets de voyages, de situations et de passagers que j’avais croqués lors de différents voyages en taxi-brousse à travers le Sénégal. J’avais envie de travailler sur la possible rencontre qu’offre le transport en commun et, très vite, il m’est venu l’idée de travailler sur des rencontres sonores. La musique a toujours occupé une place prédominante dans l’articulation de mon travail et c’est tout naturellement que m’est venue l’idée de rencontres chantées, avec la volonté de mêler certaines conventions de la comédie musicale américaine à la grande tradition orale africaine. Je nourrissais depuis plusieurs années le souhait de réaliser une comédie musicale, ce genre si particulier, toujours sur le fil, entre réel et monde en-chanté, celui-là même qui m’a donné envie de faire du cinéma.

US : Ton cinéma qui est proche du conte ou de la comédie musicale, des formes légères, garde cependant un regard social sur le monde.
DG  : Faire un film s’apparente pour moi à donner des nouvelles du monde, quelle qu’en soit la forme narrative. Parce que je m’attache à décrire le quotidien sénégalais, ce regard social s’impose à moi. J’ai beaucoup de plaisir à explorer des formes narratives telles que le conte ou la comédie musicale parce qu’elles correspondent à ma sensibilité, mais aussi parce que je suis persuadée qu’elle permettent d’aborder des problématiques graves sans pour autant se laisser gagner par un certain misérabilisme.

US : Ta galerie de portraits échappe au cliché. Comment as-tu travaillé chaque personnage pour déjouer le risque du stéréotype ?
DG  : J’ai commencé par considérer les personnages-passagers comme des conteurs, conteurs du présent et de leur propre vie. Il me fallait leur dessiner une trajectoire, ils sont tous à un tournant de leur existence. Les destins de chacun se superposent, ils résonnent aussi les uns par rapport aux autres, des liens se forment, telle une famille recomposée dont le patriarche serait le chauffeur, Médoune Sall.
L’identité musicale de chaque personnage en rapport avec son univers et ses émotions a été une étape très importante de leur construction : Médoune Sall revisite le Sabakh (musique traditionnelle sénégalaise), alors que Dorine transforme son salon de coiffure en scène Rock’n Roll. Malick rêve d’Italie au son d’un Twist des années 60, tandis que Madame Barry a le Blues d’être passé à côté se sa vie...

US : On sait que "Dewen e ti" a été vu et récompensé dans de nombreux festivals. Quel avenir sera celui de "Un transport en commun" ? Le public pourra-t-il le voir en dehors des projections un peu confidentielles des festivals ?
DG  : Le film a été présenté pour la première fois en Août dernier au festival de Locarno, puis entre autres à Gindou, Toronto, Namur, Dubaï, Sundance, Clermont-Ferrand... Entre fidélité et découverte, le film bénéficie d’une très belle attention ! Après avoir été diffusé sur Arte en décembre dernier, il devrait sortir en salle en Juin, ce qui est une opportunité formidable pour un film de cette durée. La sortie du film sera suivie d’une édition Dvd en Septembre (avec mes précédents courts métrages). Le public pourra donc aller à sa rencontre prochainement.

US : La longueur de ton Court annonce-t-elle que ton prochain film sera un long ?
DG  : Je travaille effectivement à l’écriture d’un long métrage, dont l’action se situera entre le Sénégal et l’Italie...
US
 : Quelle est la question que je ne t’ai pas posée à laquelle tu aurais voulu répondre ?
DG  : C’était parfait ainsi. Merci !
Propos recueillis par Francis Dubois

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