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Un film de Osvalde Lewat (France-Cameroun)

"Une affaire de nègres" Sortie en salles le 23 septembre

Pour faire face à une recrudescence du banditisme dans Douala et sa région, le gouvernement camerounais a mis en place en 2000, une unité spéciale de forces de l’ordre, le commandement opérationnel. La mise en place de ce dispositif a entraîné des dérapages, des exactions, l’assassinat ou la disparition de plus d’un millier de personnes. Des cadavres étaient retrouvés dans la forêt ou dans les rues des villes. Etaient-ils des bandits recherchés ? En tous cas, ils avaient été exécutés sans procès et bientôt un climat de terreur allait remplacer, dans les quartiers déshérités de Douala, l’ancien climat de peur.
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C’est à la suite d’une rencontre avec le père de l’une des victimes qui assure avoir vu son fils exécuté sous ses yeux qu’Osvalde Lewat a pris conscience des faits dont on avait très peu parlé à l’époque. Et c’est parce qu’elle était passée à côté de tels événements, parce que par son indifférence elle s’est considérée d’une certaine façon complice, que s’est imposée pour elle la nécessité d’aller à la recherche d’autres témoignages pour en apprendre plus mais aussi, pour permettre aux familles des victimes d’avoir enfin accès à la parole.
Les familles touchées par ces massacres habitaient les quartiers les plus pauvres et ils n’avaient ni les moyens intellectuels pour se défendre, ni l’instrument de justice pour les aider à entreprendre d’éventuelles démarches.
Les témoignages nombreux vont de la mère de trois enfants dont le mari a été assassiné et qui, laissée sans ressources, vit depuis de la seule vente de beignets à celui, saisissant, d’un ex-militaire appartenant au commandement opérationnel dont le seul regret est que ces unités aient été dissoutes…
Mais au fur et à mesure des témoignages, au fur et à mesure qu’avance le film, la vision des événements se trouble, devient moins manichéenne et l’avocat qui a décidé de poursuivre ses investigations jusqu’au dévoilement de la vérité s’est retrouvé un jour isolé, lâché par les familles qu’il soutenait et dont on avait, de toute évidence, négocié le silence.
"Une affaire de nègres" met à jour une dérive et pose la question de savoir quel est aujourd’hui, non seulement au Cameroun mais partout dans le monde, le prix à payer pour remédier à l’insécurité du citoyen, phénomène dont il faut chercher les racines du côté de la misère et des laissés pour compte.
On peut reprendre cette phrase de Wole Soyinka, Prix Nobel de littérature : "On dit des africains qu’ils ne sont pas prêts pour la démocratie : ont-ils jamais été prêts pour la dictature"
On peut aussi lire dans l’ironie que contient le titre le fait que, justement, cette"affaire" nous concerne tous.
Il est à par ailleurs à signaler que les camerounais ne pourront pas voir "Une affaire de nègres" pour la simple raison qu’il n’existe plus une seule salle de cinéma dans tout le pays…
Francis Dubois

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