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Un film de Thierry Binisti (France)

 "Une bouteille à la mer" Sortie en salles le 28 décembre.

Tal, dix-sept ans, d’origine française, vit à Jérusalem avec sa famille. Elle mène une vie d’étudiante ordinaire, en dépit de la situation tendue. Jusqu’au jour où un attentat est commis à proximité du lieu où elle se trouve, dans le centre-ville, par un kamikaze. Elle a, dès lors, du mal à trouver une réponse aux questions qu’elle se posait jusque là, confusément.

Elle demande à son frère de jeter à la mer, près de Gaza où il fait son service militaire, une bouteille contenant une lettre adressée à qui la lira et dont une éventuelle réponse pourrait peut-être l’éclairer sur la situation et répondre à son questionnement.

Un jour, elle reçoit un courrier de celui qui signe Gazaman.

Un échange de messages de plus en plus fréquents s’établit entre les deux jeunes gens…

Le 9 septembre 2003, dix ans jour pour jour après la reconnaissance réciproque entre israéliens et palestiniens, un attentat a été commis au Café Hillel à Jérusalem au cours duquel une jeune fille qui devait se marier le lendemain a péri, en même temps que son père.

Cet événement a frappé Valérie Zénati, journaliste et écrivain, qui a compris que, pour elle, la seule façon de donner sens aux sentiments contradictoires qui l’habitaient à propos du conflit israélo-palestinien, était de recourir à la fiction.

Son livre, "Un bouteille à la mer de Gaza" paru à l’École des loisirs, a été écrit dans le contexte de la deuxième Intifada où les violences étaient quotidiennes. Il a été conçu avec ses représentations de l’époque et forgé par son vécu sur place, quelques années plus tôt, forcément partiel côté palestinien puisqu’elle n’avait pas mis les pieds dans les territoires depuis plusieurs années.

Au moment du film, le travail a été différent. Des contacts ont été pris avec des habitants de Gaza et plusieurs jours ont été consacrés à un séjour à Ramallah en Cisjordanie, faisant émerger une réalité toute autre.

A la suite de cela, le film n’allait pas être l’adaptation du livre, mais plutôt son prolongement.

On pouvait craindre, avec le sujet abordé, un film didactique et démonstratif. Or, Thierry Binisti, en utilisant le procédé de la voix off de façon très astucieuse et en constant léger décalage, a donné une respiration singulière à son récit. Les scènes de la vie quotidienne à Jérusalem, si elles manquent parfois de rigueur narrative, donnent cependant un aperçu de ce qu’est le quotidien dans une ville en guerre.

Mais si les maladresses ne sont pas toujours écartées, le metteur en scène a pu éviter de nombreux écueils, en s’appuyant sur ses deux personnages centraux très attachants et parfaitement interprétés par Agathe Bonitzer de plus en plus radieuse, et Mhmoud Shalaby dont le jeu, tout en retenue, donne une présence singulière au personnage de Naïm.

Son sujet prend par moment beaucoup de relief et une allure d’authenticité. L’intérêt pour le rapprochement grandissant entre les deux jeunes gens intéresse, puis passionne. L’arrière-plan se construit et au bout du compte, Thierry Binisti nous donne à voir un beau film cruel et généreux.

Francis Dubois

 

 

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