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Un film de Guo Xiaolu (Chine)

"Une chinoise" Sortie en salles le 8 septembre

Mei, une jeune fille chinoise, vit dans une bourgade perdue. Elle partage ses journées entre la surveillance des jeux de billard dans un établissement miteux et les travaux rustiques dans les champs environnants. Lasse de cette existence monotone, elle part pour la grande ville la plus proche. Là, après avoir perdu son travail en usine, elle va aller de déception en déception et connaître des déboires amoureux. Elle décide alors de quitter Chanqing et d’aller vivre à Londres.
En Chine, les jeunes gens nés après 1980 ignorent tout de la Révolution Culturelle et semblent avoir perdu tout repère. Ils sont frappés de plein fouet par les fléaux de la société moderne, chômage, difficultés de logement, et en sont souvent réduits à de petits trafics pour subsister et se donner l’illusion de faire partie de la jeunesse globale.
Mei est pourtant une battante. Les difficultés qu’elle doit traverser pour approcher une vie meilleure dont elle n’a plus qu’une vague idée tant tout ce qui lui arrive va à contrario de ses désirs, ne l’effraient jamais vraiment, et n’entravent jamais son obstination à poursuivre.
Sait-elle seulement, lorsqu’elle vend son corps à des hommes, à proximité du salon de coiffure où elle fait aussi des shampoings, qu’elle a sombré dans la prostitution ? Son indifférence et un reste de dignité lui épargnent le pire.
En acceptant de partager la vie d’un ancien professeur de mathématiques à la retraite qui lui offre en même temps que le confort et la sécurité, une compagnie vieillissante, ennuyeuse et répétitive, elle sait très vite que ce chemin trop sage n’est pas non plus le bon.
Lorsqu’elle rencontre Rachid, un jeune indien qui tient une gargote et livre des spécialités culinaires de son pays à domicile, elle croit avoir déniché l’oiseau rare. Ils sont amoureux l’un de l’autre mais Rachid devient très vite l’immigré londonien typique. Il n’était pas religieux au départ mais il devient petit à petit un parfait musulman pour s’intégrer à une communauté.
Comment, à chaque fois que Mei vit une expérience malheureuse et qu’elle est renvoyée à la case départ, sans autre bagage que son sac à dos, fait-elle pour se redresser et rebondir ? D’où lui viennent cette force, cette détermination ? Quel but secret et mystérieux la motive pour qu’elle reparte de ce même pas et se tienne prête à la prochaine déception.
Le film laisse Mei, enceinte, assise sur un bord de route. Mais, curieusement, cette fin qui pourrait être désespérée échappe au misérabilisme. D’autres rencontres l’attendent et peut-être que l’une d’elles conviendra à son attente profonde.
A travers le personnage de Mei, et de la douzaine d’autres qui sont ceux qu’elle rencontre dans l’intervalle, Guo Xiaolu a cherché à faire le portrait d’une certaine jeunesse chinoise d’aujourd’hui. Les personnages qui croisent la vie de Mei sont veules et calculateurs à l’inverse de celui de la jeune fille qui est pur et dépouillé. Et c’est parce qu’il est à nu, exposé mais intact, qu’il se tient, d’un bout à l’autre, au-delà des règles de la morale. Mei est une salamandre. Elle a la faculté de traverser les pires des situations sans rien y perdre ni de sa personnalité, ni de sa dignité.
"Une chinoise" est un beau film qui avance comme avance le personnage de Mei, avec détermination, sans se soucier des enchaînements parfois chaotiques, de ce qui pourrait passer pour des invraisemblances, mais qui, pris dans le déroulement du récit, se coule dans la fluidité et la terrible efficacité de l’ensemble.
Francis Dubois

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