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Un film de Jens Lien (Norvège – France)

"Une éducation norvégienne" Sortie en salles le 06 juin 2012

" Une éducation norvégienne" a pour cadre une ville des alentours d’Oslo, à la fin des années soixante-dix.

Nicolaj, un jeune adolescent qui mène une existence sereine entre son frère et ses parents hippies, Magnus et Lone, voit sa vie basculer, lorsque Lone sa mère, meurt brusquement dans un accident de voiture.

Magnus perd pied face à l’épreuve et Nicolaj se retrouve soudain démuni, privé de l’essentiel de ses repères.

C’est dans ce moment de grande fragilité que son meilleur ami l’initie aux Sex Pistols et le punk-rock devient l’espace qui lui paraît convenir parfaitement, pour venir à bout de ses frustrations et de ses débordements d’émotion.

Il en adopte tous les codes et rentre dans une phase de provocation. Mais au moment où il fait la part des choses et mesure les limites de son nouveau refuge, Magnus, son père, devient pour les mêmes raisons qui avaient séduit Nicolaj, membre à part entière de cette même scène.

"Une éducation norvégienne" repose sur le portrait d’une relation intense père/fils à travers, une philosophie et des événements qui vont, en en prouvant la précarité, en ébranler les bases mêmes.

Les relations idylliques entre les personnages dans la première partie du récit, qui donnent l’apparence d’une vie idéale baignant dans une totale harmonie, ne sont en fait qu’une approche erronée de l’éducation et de la liberté qui ont marqué la génération hippie.

Une éducation qui n’apporte à Nicolaj rien de ce dont il a besoin pour faire le deuil de cette mère aimante dont il était encore plus proche qu’il n’y paraissait, et surtout pas la marge d’action nécessaire.

C’est en prenant conscience des carences d’une telle éducation qu’il éprouve la nécessité de rechercher un espace où les émotions sont beaucoup plus chaotiques.

Le fossé idéologique se creuse entre le père et son fils lorsque Magnus entraîne Nicolaj dans un camp de nudistes alors que la normalité est ce dont l’adolescent a surtout besoin pour se construire.

Le film de Jens Lien suit le tracé tâtonnant, chaotique et contrasté de la trajectoire de Nicolaj, depuis la vie de famille sereine basée sur la fantaisie et la liberté, jusqu’à l’épisode punk qu’il vit à fond pour mieux en percevoir, au bout du compte, l’enfermement.

Le film traverse des périodes très contrastées qui en font un patchwork narratif où s’enchaînent les périodes de bonheur contrit, le drame, des phases noires et de total égarement. Mais au bout du compte, cette construction dramatique déconcertante qui échappe à une démarche réaliste et lorgne parfois du côté d’un univers poétique, finit par prendre corps.

Et l’on se rend compte que le personnage de Magnus, qu’on croyait exclusivement lié à la période hippie, reste très actuel. Nous ne sommes plus dans les seules années soixante-dix mais dans une tonalité plus universelle. Être adulte aujourd’hui n’est pas plus à la mode que ça ne l’était à l’époque. L’idéal contemporain ne consisterait-il pas à ne pas vieillir et à rester dans le jeu ?

Francis Dubois

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