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Un film de Philippe Claudel (France)

"Une enfance" Sortie en salles le 23 septembre 2015.

Une ancienne ville industrielle de l’est de la France, entre banlieue et campagne, canaux et vergers à l’abandon.

L’année scolaire tire à sa fin. C’est le moment des kermesses et des spectacles dans les cours d’écoles, sur des estrades de fortune, montés avec les moyens du bord.

Jimmy va passer en 6ème après avoir redoublé deux fois et il s’apprête à affronter le long été qui s’annonce pour lui sans le moindre projet.

Avec son demi-frère Kevin dont il est l’aîné de 4 ans et l’ inséparable, ils ont organisé vaille que vaille leur vie de tous les jours entre une mère immature qui, a trente ans, a déjà tâté de la prison, et un "beau-père" négatif, aigri, qui se réalise dans des accès de violence dont tout son entourage fait les frais.

Jimmy doit, malgré son jeune âge, combler les carences des adultes, agir parfois en chef de famille, en ménagère, en cuisinière et en grand frère responsable.

Quand son petit frère sera parti en vacances avec sa grand-mère, que tous les autres auront déserté

le quartier pour l’été, Jimmy aura tout le temps de constater l’étendue des dégâts et de laisser aller à une haine tenace pour son beau-père, qu’il se sera toujours efforcé de contenir.

Cinéma : une enfance

Philippe Claudel n’a pas choisi la facilité avec un sujet que le cinéma a déjà traité une multitude de fois avec plus ou moins de bonheur mais parfois avec fulgurance, maîtrise et efficacité.

Il a choisi de rester dans le sillon narratif habituel en prenant soin de ne pas sombrer, malgré les dispositions de l’argument, dans le misérabilisme et la tonalité du mélo.

Aucun des personnages n’échappe au stéréotype et, curieusement, la force du film de Philippe Claudel est dans l’exploitation systématique des clichés, dans une sorte d’obstination à ne surtout pas en sortir.

La mère baigne dans l’inconséquence la plus totale, avec ici et là, des élans maternels sincères et touchants. Elle ne travaille pas, se drogue et dès qu’elle a trois sous, dépense au-delà de ses moyens.

Le compagnon de la mère est un chômeur aigri, revenu de tout. Il en veut au monde entier d’être ce qu’il est. Il vit de petits trafics et des allocations que touche la mère des enfants.

La grand-mère tente, malgré son manque de moyens, de jouer son rôle réparateur de l’aïeule aimante et douce.

Jimmy et Kevin, les deux enfants n’échappent pas non plus aux stéréotypes. Ils forment un duo de complicité et d’opposition, sans cesse confrontés aux manquements familiaux et une atmosphère lourde. Le plus petit n’a pas froid aux yeux et le grand a pris de l’avance sur l’âge adulte.

Le film de Philippe Claudel dresse un état des lieux. Il ne pose aucun jugement sur les personnages et les agissements.

Le cliché est assorti d’une grande justesse de ton et pour aérer le récit, le metteur en scène inonde son film de la lumière de l’été et d’une nature foisonnante.

La lueur d’espoir finale est bien mince mais il suffit de voir sourire Jimmy pour savoir qu’il demeurera combatif et vigilant.

Francis Dubois

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