Actualité théâtrale

au Lucernaire

"Une famille aimante mérite de faire un vrai repas" Jusqu’au 28 juin

Une mère prend sa fille adolescente sur ses genoux et lui déclare qu’elle est la plus belle et la plus parfaite. Elle clame tellement son amour que cela devient inquiétant, d’autant plus qu’elle répète cette déclaration à son fils qui au milieu de ce torrent d’amour, tente de continuer à jouer à son jeu vidéo préféré. Quand le père apparaît, il est concentré sur la poursuite de la moindre trace de saleté et ne s’intéresse qu’à la supériorité des lingettes en microfibres. Les enfants, pris au piège, hésitent entre le désir de répondre à l’amour parental et la fuite, sous quelque forme que ce soit.
Julie Aminthe, dont c’est la première pièce, crée un univers familial juste un peu au-delà du normal qui suscite un léger malaise, une sourde inquiétude. Et pourtant il n’y a pas de morts, juste quelques menus secrets qui se révèlent par petites touches. Une famille presque normale dans une société touchée par le chômage, où les questions matérielles occupent tout l’espace, où la mère doit atteindre son apothéose dans le bon repas auquel sa famille a droit, où le père doit affirmer son autorité et où l’on cherche l’oubli dans les psychotropes. La folie n’est pas bien loin finalement !

Dimitri Klockenbring, double lauréat du Prix jeunes metteurs en scène au Théâtre 13 en 2010, a mis en scène cette pièce de façon astucieuse, divisant la petite scène du Lucernaire en trois espaces que l’imagination du spectateur investit rapidement de la fonction de cuisine, de salon et de chambre d’adolescent. Il faut surtout saluer la qualité des acteurs, capables de nous faire rire tout en nous inquiétant. Si les enfants tiennent bien leur partition, Fanny Santer en adolescente qui s’inquiète du recul de l’âge de la retraite et craint de devenir une vieille femme nécessiteuse et surtout Jean Bechetoille en adolescent qui rêve de prendre la tangente, les parents sont remarquables. Olivier Faliez campe un père enfermé dans ses manies, gardien de l’ordre familial comme de l’ordre dans la cuisine, qui va finir par révéler ses failles. Marie-Céline Tuvache apporte au personnage de la mère, refusant la réalité et oscillant de l’amour à la folie, une complexité formidable. Une famille qui nous rappelle un peu la nôtre, pas tout à fait heureusement !

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 19h30, le dimanche à 15h
Théâtre du Lucernaire
53 rue Notre Dame des Champs, 75006 PARIS
Réduc’SNES sur réservation : 01 45 44 57 34

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