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Un film d’Audrey Estrougo (France)

"Une histoire banale" Sortie en salles le 9 avril 2014.

Nathalie, jeune femme enthousiaste et rayonnante, est infirmière dans un hôpital. Elle a rencontré Wilson il y a trois ans. Très amoureux l’un de l’autre, ils ont pris la décision d’emménager ensemble, même si les activités du jeune homme le retiennent durant la semaine à Bruxelles.

Mais un soir, après qu’il l’a raccompagnée jusque devant la porte de son immeuble, un collègue, de tout temps attiré par Nathalie, s’introduit chez elle et la viole.

Dès lors, plus rien ne sera comme avant et après une tentative de suicide, la jeune femme demande à Wilson de la quitter après lui avoir avoué les faits …

"Une histoire banale" fait partie de ces films montés "à l’arrache" sans réelle production, que réalisent de plus en plus des cinéastes pour qui tourner un film est un besoin "vital".

Ainsi, Audrey Estrougo, après avoir vu son projet "Taulardes" remis à plus tard, s’est repliée sur la réalisation d’un film qu’elle aura pu tourner sans argent, dans son propre appartement avec des complices, comédiens et techniciens, qui ont accepté de travailler sans être payés.

Trois semaines auront été suffisantes pour tourner "Une histoire banale".

Le film verra le jour, trouvera un distributeur et la complicité d’attachés de presse renommés.

Faut-il tourner des films coûte que coûte ? Cela revient-il à maintenir la tête hors de l’eau un cinéma de création qui a toujours été la marque de fabrique du cinéma français et sans lequel le paysage cinématographique serait bien terne ?

Le prix à payer est-il de faire travailler des comédiens et des techniciens sans les rémunérer avec au bout de l’aventure, l’espoir que le film rencontrera le succès ?

Il y a, dans cette catégorie de créations le meilleur - et on peut y inclure des films comme "Une histoire banale" qui porte un vrai sujet, qui est du vrai cinéma et qui est interprété par des comédiens convaincants - et le pire : "Les enfants rouges" de Santiago Amigorena qui se contente d’avoir mis entre les mains d’un réalisateur une caméra pour filmer "sur le vif" des comédiens d’occasion.

Le débat est ouvert.

On lit dans son film la passion pour son sujet et pour le cinéma d’Audrey Estrouga, comme on détecte chez les comédiens un réel enthousiasme à donner chair et vibration à leurs personnages. Et si le film est parfois maladroit, si le scénario n’évite pas quelques incohérences, il compte assez de moments "forts" et justes pour convaincre. Ainsi la scène finale où Nathalie retrouve foi en elle et confiance en son corps qui la rebutait depuis l’agression.

Marie Denarnaud, robuste et éclatante, illumine ce film qui ne se contente pas de traiter du problème du viol mais amène à réfléchir sur tous les prolongements de l’acte, que ce soit du côté de la victime ou de celui de l’agresseur.

On peut voir "Une histoire banale" comme une sorte d’autopsie du phénomène de ce type d’agression.

Francis Dubois

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