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Un film d’Hélène Fillières (France)

"Une histoire d’amour" Sortie en salles le 9 janvier 2013

Ils se sont rencontrés. Elle est devenue sa maîtresse. Aucune histoire d’amour ne ressemble à une autre histoire d’amour. La leur repose sur une relation sado masochiste. Il ne lui est possible d’accéder à la jouissance que dans la douleur. Il lui a offert un revolver, elle, une combinaison de latex. Il lui a promis de l’épouser et comme il est un banquier très riche, également une très grosse somme d’argent.
Lui n’a aucune attache en dehors d’elle. Elle, elle vit avec un homme beaucoup plus âgé qu’elle qui s’accommode de ses frasques extra-conjugales.
Dans l’avion qui l’amène en Australie, elle a comme voisin, un garçon qui l’attire, jeune, rassurant. Elle pourrait tout laisser tomber et le suivre…

Pour son premier long métrage comme metteur en scène, Hélène Fillières n’est pas allée vers la facilité. Elle s’est inspirée d’un fait divers qui avait fait du bruit à l’époque, dont Régis Jauffret avait fait un livre intitulé "Sévère" et qui traitait de l’assassinat par sa maîtresse d’un riche banquier suisse.
Son film dont la narration est très personnelle, très fluide, bénéficie de nombreux atouts en dehors de son talent déjà très affirmé de cinéaste.
Et si elle a réuni au générique les noms de Benoît Poelvoorde et de Laetitia Casta, on serait tenté de penser que ce n’est pas pour la notoriété des deux comédiens (ils ont dû néanmoins faciliter la production), mais qu’ Hélène Fillières a fait ce choix mais parce que l’un et l’autre sont tellement parfaits pour jouer ces personnages que leur présence à l’écran touche très vite à l’évidence.
Un autre atout du film est l’image. Les intérieurs et les extérieurs sont dans une tonalité métallique, comme inhabités. Peu de figurants apparaissent à l’image à part le passage d’une classe d’enfants en rang et quelques personnages lointains.
Et cette "économie" presque glacée est là pour mieux faire contraste avec la passion amoureuse singulière, le feu sous la cendre, des dialogues qui, lorsqu’ils se déclenchent, appartiennent à l’intime, au quotidien du couple.
Qui ici est dans la soumission ? L’homme qui ne parvient à la jouissance que lorsqu’il est giflé, battu, flagellé ou la femme qui souffre de la parole non tenue, de la lâcheté, de cet amour qui la dévore mais qui ne trouve pas son chemin.

Hélène Fillières conduit son récit avec une rare exigence avec une première partie du film aussi déserte qu’elle est vibrante. Le second tiers du film traite de l’opposition, du conflit, d’amour, d’argent et ne fournit aucune indication quant à savoir qui l’emportera sur l’autre. Les deux personnages sont à fragilité égale. La dernière partie du film, celle qui précède de très près le dénouement, est conduite comme un chef d’orchestre dirigerait une symphonie. Les trois histoires s’entrecroisent de façon de plus en plus serrée.

Benoît Poelvorde livre, en grand comédien, puissance, fragilité et émotion. Laetitia est magistrale dans les mêmes tonalités de jeu.
"Une histoire d’amour" est la première œuvre mesurée et aboutie d’une comédienne dont le cinéma nous a jusque-là livré le talent avec parcimonie.
Francis Dubois

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