Actualité théâtrale

au Théâtre Nanterre-Amandiers

« Une maison de poupée » Jusqu’au 17 avril

Cette saison, pas moins de cinq mises en scène de la pièce d’Ibsen sont prévues à Paris et en banlieue. Cette pièce est très souvent présentée comme une sorte de manifeste féministe, pourtant elle est bien plus riche et complexe que ce jugement ne le laisse à penser. C’est la question du respect de la personne, en particulier au sein du couple que pose ici Ibsen. Celui-ci écrivait : « Il y a deux sortes de conscience, une qui est propre à l’homme et une autre toute différente, qui est propre à la femme. Ils ne se comprennent pas mutuellement ; mais la femme est jugée dans la vie pratique selon la loi de l’homme, comme si elle était un homme et non une femme ». Tout le drame de Nora est là. Elle n’a jamais été considérée comme une personne véritable par ceux qui l’aiment. Elle est passée du statut d’enfant-poupée pour son père à celui d’ "oiseau-joueur" pour son mari. Elle a fait un faux. Cela lui semble conforme à ses valeurs, elle l’a fait par amour, pour sauver un mari à la santé alors menacée. Mais cet homme, qui l’aime, la considère avec des yeux masculins et la condamne au nom du respect de la loi. Nora, d’abord écrasée par la peur et désespérée par ce jugement, perd sa foi dans sa capacité à élever correctement ses enfants, avant de se redresser. Sa renaissance ne peut passer que par son départ du foyer conjugal et l’abandon du confort bourgeois qu’il lui assurait. Son émancipation et l’affirmation de sa condition de sujet ne peuvent se faire qu’à ce prix.

Photo © Pascal Victor

Jean-Louis Martinelli a choisi de mettre en scène « Une maison de poupée » dans un décor très design. Nora est enfermée dans sa cage, un beau salon clair. C’est ici que tous la retrouvent, son mari, ses enfants, son amie, l’ami-amoureux, le créancier. Une porte mène vers le bureau de Torvald Helmer, son mari, où il travaille et reçoit son ami, le docteur Rank. Cela semble être le monde des hommes où Nora n’entre jamais. Les acteurs sont excellents, particulièrement Marina Fois, juchée sur ses escarpins rouges, gaie et jolie parce que c’est ce que tous, mari, enfant, amoureux, attendent d’elle. Elle passera d’une robe rouge éclatante, qu’elle a mis dans un dernier effort pour se plier aux désirs de son mari, au trench avec lequel elle s’éloignera lucide et décidée. Alain Fromager campe de façon très intelligente, un Torvald actif qui aime sa femme, mais ne comprend rien à ce qui lui arrive, lorsqu’elle décide de partir car il obéit à d’autres valeurs que celles de Nora. On peut regretter que le docteur Rank soit affublé de façon excentrique, ce qui limite la place et le rôle du personnage dans la pièce, mais Laurent Grévill et Camille Japy forment avec de grandes qualités, le couple qui naît tandis que celui de Nora sombre, un couple où la femme existe parce qu’elle a déjà travaillé et surmonté les difficultés de la vie. C’est une belle Nora qui reste en nous avec cette « Maison de poupée » montée aux Amandiers.
Micheline Rousselet

Théâtre Nanterre-Amandiers
7 avenue Pablo Picasso, 92022 Nanterre
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur
réservation impérative) : 01 46 14 70 00
www.nanterre-amandiers.com
Jusqu’au 17 avril, du mardi au samedi à 20h30, le dimanche à 15h30

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