Actualité théâtrale

à l’Athénée-Théâtre Louis-Jouvet jusqu’au 22 mai

"Une maison de poupées" texte d’Henrik Ibsen. Mise en scène Nils Öhlund

La dernière née des "Maisons de poupées" de la saison se donne à l’Athénée Louis-Jouvet et c’est une bonne surprise. On pensait la source tarie avec les regards successifs et divers qu’ont porté Michel Fau, Jean-Louis Martinelli ou Stéphane Braunshweig sur la pièce d’Ibsen et sur le personnage de Nora, femme-enfant capricieuse chez l’un, cabri sautillant chez l’autre ou poupée de porcelaine chez un troisième, avant de devenir, dans l’épreuve, une femme grave et responsable, capable de remettre en question un bonheur trompeur, un confort matériel et l’amour superficiel d’un mari dont elle aurait pu se satisfaire.
Ici, jouée sans minauderie par Olivia Brunaux, Nora est simplement, surprise dans un confort bourgeois, une jeune femme que la vie a jusque là comblée et ne sont soulignés dans le portrait qu’elle en donne, ni son goût marqué pour les chocolats, ni son penchant à dépenser, ni la moindre tendance à sautiller… Avec elle, Nora est spontanée, un peu égocentrique, gourmande, plutôt maternelle mais surtout impatiente. Mais impatiente de quoi puisque l’essentiel de ce qu’elle pourrait attendre de la vie lui a déjà été donné ? Et c’est peut-être cette impatience qui révèle ici, une facette nouvelle et juste du personnage. Une impatience qui existe dans la dramaturgie même de la pièce quand apparaissent au même moment sur scène, les deux éléments moteurs de l’histoire : Kristine, l’amie d’enfance perdue de vue depuis des années et Krogstad victime de la promotion professionnelle de Torvald, créancier et détenteur d’un document qui pourrait compromettre Nora. Deux personnages dont on saura qu’un amour malheureux les a unis autrefois. Une impatience qui est aussi dans l’enchaînement des scènes, dans le rythme des échanges verbaux, dans la précipitation toujours vérifiable à enchaîner sans précaution préalable, les ressorts dramatiques.
Chez Nils Öhlund, la pièce d’Ibsen ne trouve de répit dans le rythme que dans la scène finale, avec le long dialogue entre Nora et Torvald qui vient en rupture et trouve à cause de cet apaisement une dimension dramatique d’une rare intensité. Et le calme dont fait alors preuve Nora, cet apaisement soudain, est sans doute la vraie réponse à l’impatience qu’elle montrait jusque là…

© Gregory Brandel

En faisant de Torvald un homme vieillissant, de Rank un personnage pathétique mais drôle, de Krogstad une créancier humain soucieux de garder sa dignité sociale, et en proposant comme décor, un intérieur de maison témoin, Öhlund évite effets et manières et nous émeut d’autant plus.
Francis Dubois

Athénée - Théâtre Louis-Jouvet
square de l’Opéra Louis-Jouvet
7 rue Boudreau – 75009 Paris
(M° Opéra, Havre-Caumartin, RERA Auber)
Renseignements et Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits mais sur réservation impérative) : 01 53 05 1919
www.athenee-theatre.com

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