Actualité théâtrale

Jusqu’au 30 mars au Théâtre Nanterre-Amandiers, partenaire Réduc’Snes

« Une nuit à la présidence »

Jean-Louis Martinelli a durant douze ans animé des stages avec des compagnies théâtrales au Burkina Fasso. Des relations amicales se sont nouées et ont favorisé un travail d’improvisation où il était question de la France-Afrique, de l’exploitation des richesses naturelles de l’Afrique, du jeu trouble des investisseurs français et de plus en plus chinois, de la question de la dette et des rapports avec le FMI et la Banque mondiale. Jean-Louis Martinelli a écrit Une nuit à la présidence à partir de ces improvisations et avec la contribution d’Aminata Traoré, l’ancienne Ministre de la Culture du Mali.


Nous sommes donc dans le Palais présidentiel d’un État africain. Le Président (interprété par Moussa Sanou) reçoit Monsieur Nick (Nicolas Pirson), un intermédiaire habitué de l’Afrique qui sait attirer les investisseurs tout en remplissant le portefeuille du Président et le sien. La Première Dame (Blandine Yameogo) a invité de jeunes musiciens pour agrémenter la soirée. C’est Ray Lema qui a composé la musique qu’ils nous offrent, mélange de rock, de blues et de jazz interprété à la guitare par Bil Aka Kora, accompagné de jeunes chanteurs. Mais ce qu’ils chantent n’est pas ce qu’attendait le Président. Il y est question de la misère et du chômage qui poussent les jeunes à émigrer et jettent les filles dans la prostitution. L’alcool aidant les langues se délient et les jeunes dénoncent la corruption des élites qui peu à peu contamine tout le pays. L’arrivée de la Ministre de la Culture, excellente Odile Sankara, élargit le propos aux politiques d’austérité qui frappent de plein fouet la culture et l’éducation. Les dialogues sont incisifs. On passe de l’émotion à un humour rageur avec ce Président qui dit « Mon métier c’est Président, si je ne le suis plus, je ne peux rien faire d’autre », qui promet le métro, le préservatif gratuit, l’apprentissage du foot à l’école pour que tous les enfants deviennent footballeur et même d’amener la mer jusqu’au pays pour que les jeunes puissent partir directement !

On rit beaucoup, par exemple dans la séquence où les investisseurs chinois, pour fêter leur prise de contrôle de la Compagnie Nationale d’Électricité, offrent à la population sa première leçon de chinois. On enrage aussi et on se plaît à se demander avec l’instituteur si l’Europe n’est pas en train de se rapprocher des maux de l’Afrique, avec des Présidents ardents en promesses et qui, une fois élus, acceptent les politiques d’austérité qui frappent de plein fouet les jeunes, les populations les plus fragiles et la culture. C’est du théâtre politique, qui fait appel à l’intelligence et à l’émotion du spectateur et c’est très réussi.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 20h30, jeudi 19h30, dimanche à 16h

Théâtre Nanterre-Amandiers

7 avenue Pablo-Picasso, 92022 Nanterre

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 46 14 70 00

www.nanterre-amandiers.com

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