Actualité théâtrale

Jusqu’au 26 avril au Théâtre du Lucernaire, partenaire Réduc’Snes

« Une petite fille privilégiée » Mise en scène Philippe Hottier

Cela commence comme une carte postale de vacances à la mer. Francine Christophe a sept ans. Elle ne comprend pas tout, sinon qu’il faut rentrer, que la guerre est déclarée. C’est quoi la guerre ? Cette question, elle va rapidement en connaître la réponse. Son père officier est fait prisonnier et les lois juives vont vite les rattraper, elle et sa mère. En tant que femme et fille d’officier prisonnier de guerre français, elles se crurent protégées par la Convention de Genève, et pourtant en 1942 elles connaissent les camps d’internement, Pithiviers, Beaune la Rolande, Drancy et la déportation à Bergen-Belsen jusqu’en 1945 où elles sont libérées par les troupes russes.

Très tôt Francine Christophe commence à écrire son histoire qui sera publiée en 1996. C’est du point de vue de la petite fille qu’elle était, qu’elle nous parle. Elle raconte la peur, la faim, les appels dans le froid, la promiscuité, les poux, les colères contre sa mère qui ne peut pas la protéger, la détresse quand elle la perd un moment, le typhus et la mort omniprésente avec ces cadavres que l’on charge, comme des bûches, dans la charrette des morts. Pourtant on n’est jamais dans le pathos, on est à hauteur du regard d’une enfant avec, en dépit de tout, des moments de rire, de l’humour, de l’amour.

Philippe Hottier a mis en scène ce texte sur un fond peint en rose et vert, couleurs de l’enfance et de l’espoir, avec très peu d’accessoires, un tabouret et un plan dont se sert l’actrice pour expliquer Drancy, un espace urbain qui peut paraître normal, mais où deux escaliers, celui de l’attente et celui des départs, créent une tension tragique. Des bruits de jeux d’enfants remplacés bientôt par celui des trains, des gares que l’on ne voie pas et c’est l’inquiétude qui gagne.

Magali Hélias est Francine. Elle nous raconte les trains, le camp, le bruit des poux que l’on écrase, la terre dans la soupe, les amitiés qui se nouent et s’achèvent dans la douleur de la séparation, la joie devant une petite marmite de fonte jaune trouvée un jour qui pourra servir pour se laver, pour faire cuire quelques orties ou pour faire pipi la nuit ! Elle est drôle, émouvante, vivante et c’est un plaisir de l’écouter. Et à la fin c’est la vie qui l’emporte, quand elle dit « Écoutez gardiens de camps qui vivez encore ! Je l’ai ma victoire : j’ai des enfants et des petits-enfants » et à Bergen-Belsen la nature a repris sa place.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 18h30

Théâtre du Lucernaire

53 rue Notre Dame des Champs, 75006 PARIS

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 45 44 57 34

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Change me »
    Auprès de ses copains, Axel prétend avoir vingt-et-un an, alors qu’il en a moins. Il prétend aussi être un garçon, se bande les seins et glisse dans son slip un ersatz de sexe masculin. Il a une mère à... Lire la suite (25 mai)
  • « Les limbes »
    Dans ses bras une marionnette vêtue d’un manteau rouge, dans ses mains une épée. Quand il enfile une cagoule, ce n’est plus la marionnette qu’il a auprès de lui, à laquelle il semble murmurer on ne sait... Lire la suite (22 mai)
  • « Le quatrième mur »
    En 2013 Sorj Chalandon obtenait le Prix Goncourt des lycéens pour son roman, Le quatrième mur . Dans ce roman, un metteur en scène gréco-juif, en train de mourir d’un cancer, demandait à un ami... Lire la suite (18 mai)
  • "Paroles gelées"
    Reprise à signaler de cette pièce d’après Rabelais, critiquée en 2014 : "Paroles gelées"d’après François Rabelais Nous l’avons revue avec toujours autant de... Lire la suite (18 mai)
  • « Le maître et Marguerite »
    Écrit entre 1928 et 1940, le célèbre roman de Boulgakov est un peu un OVNI dans la littérature mondiale. Tout d’abord il entremêle trois actions. La première se situe à Moscou, dans les années trente,... Lire la suite (15 mai)