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Une réforme post-bac à marche forcée

Le « plan étudiants » transforme dès maintenant les procédures d’orientation post-bac.

Dans un contexte de crise où des milliers de bacheliers se sont retrouvés sans affectation à la rentrée, le gouvernement, le Premier ministre, les ministres de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur ont lancé, dans la précipitation, une réforme de l’accès aux études supérieures. Déclinée en vingt mesures, elle est dominée par la question de l’orientation des lycéens, et relègue au second plan le problème pourtant crucial du manque de places et de moyens pour accueillir à l’Université des étudiants toujours plus nombreux.

Analyses et perspectives

1. Enseignants, acteurs de la sélection
2. Logique de tri, une sélection déguisée
3. Autour du bac : un vrai passage en force

Enseignants, acteurs de la sélection
Elle investit tout particulièrement les enseignants de lycée de nouvelles prérogatives et ignore singulièrement le rôle des Psy-ÉN en la matière. La classe de Terminale est dorénavant encadrée par deux professeurs principaux qui coordonnent l’accompagnement des lycéens, renseignent la « fiche avenir » et rédigent les synthèses présentées au conseil de classe du second trimestre pour l’examen de chacun des vœux des candidats. La procédure de l’avis, jusque-là réservée aux filières sélectives, est généralisée et fait peser sur les enseignants la responsabilité d’autoriser ou pas la poursuite d’études. L’exercice semble bien périlleux car il est difficile de donner un avis circonstancié tenant compte des attendus de formations très diverses, parfois peu ou mal connues.

La situation semble d’autant plus compliquée que les « attendus », nouveau nom des « prérequis », peuvent être plus ou moins prescriptifs selon la capacité d’accueil des formations. Lettres de motivation, engagements sportifs ou associatifs, suivi de MOOC..., autant de dispositions socialement discriminantes qui risquent de privilégier les initiés au détriment des élèves de milieux moins favorisés. L’accompagnement personnalisé et le tutorat sont présentés comme la clé d’une information à l’orien­tation réussie. Des jeunes effectuant un « service civique » rebaptisés « étudiants ambassadeurs », deux semaines dans l’année consacrées à l’orientation et le recours au ­numérique viennent compléter le programme.

Logique de tri, une sélection déguisée
Les bacheliers technologiques et professionnels ainsi que tous ceux dont le dossier scolaire semble peu solide risquent de voir l’accès à l’enseignement supérieur se transformer en véritable parcours du combattant. Faute d’un budget suffisant, les mesures qui pourraient permettre d’améliorer la réussite des étudiants, comme les parcours personnalisés, risquent fort de se réduire à des cours et des tests en ligne. Les mesures sociales, supposées améliorer la vie étudiante – comme l’exonération du montant de la cotisation à la Sécurité sociale, apparaissent bien modestes tant le financement de ce plan à hauteur du milliard d’euros sur cinq ans semble dérisoire compte tenu de la poussée démographique.

30 000 à 40 000 étudiants de plus par an ces dernières années, 350 000 d’ici 2025. Avec 500 millions d’euros sur cinq ans, hors plan d’investissement, le plan étudiant du gouvernement est très loin de couvrir les besoins des universités.

Toutes les formations de l’enseignement supérieur, y compris celles réputées « non sélectives » auront désormais la possibilité de classer leurs étudiants selon leur dossier. Le bac (ou son équivalent) est donc nécessaire mais pas suffisant pour une affectation à l’Université.

Trois cas de figure se présentent :

  • l’avis est positif quand le futur bachelier a un profil qui correspond aux attendus de la formation envisagée ;
  • ceux dont le dossier semblerait incomplet, l’inscription peut être subordonnée à un parcours de formation personnalisé et à des dispositifs de remédiation ;
  • enfin, en cas de manque de places, tous ceux dont le dossier est jugé insuffisant sont refusés. En dernier recours, le recteur doit proposer l’inscription à une autre formation considérée comme « proche » des vœux du candidat dans la région académique où il est domicilié.
    La liberté de s’inscrire dans l’établissement de son choix disparaît du projet de loi ainsi que la priorité d’affectation dans l’académie où a été obtenu le bac. En clair, le bachelier ne choisit plus mais sera choisi.

Autour du bac : un vrai passage en force

La méthode qui a prévalu sur les ordonnances loi travail semble devoir être désormais la marque de fabrique du gouvernement Macron.

En multipliant le nombre de sujets de discussion, lors d’auditions bilatérales, et en affichant sa volonté d’aller vite, le gouvernement entend faire passer ses projets en évitant le maxi­mum de contestation.

En même temps
Ainsi, s’ouvrent dans la même période la mission incluse dans la feuille de route sur la transformation de l’apprentissage, le vaste chantier de la formation professionnelle et celui de l’assurance chômage placée sous la houlette des ministères du Travail et de l’Éducation ; enfin celle sur le lycée général et technologique et le baccalauréat doit déboucher sur un rapport d’auditions menées à bon train.
Nul ne sait encore quelle sera véritablement la méthode employée pour mener les discussions, quelles articulations seront faites entre les différents sujets mais si l’on recoupe les propos tenus par plusieurs ministres, il apparaît que le projet éducatif qui se dessine en creux n’a pas pour objectif premier de faciliter l’accès le plus large aux études supérieures.

Inégalités
Le plan Étudiants laisse poindre la volonté d’opérer une sélectivité accrue entre les bacheliers. Les premiers échos de ce que serait la réforme du lycée organisée selon un modèle inspiré de celui du supérieur se focalisent sur la voie générale, tandis que l’accent mis sur l’apprentissage et la demande forte des Régions d’avoir la maîtrise de toute la formation professionnelle entend régler le sort d’une partie des jeunes issus des catégories populaires. D’ores et déjà des voix s’élèvent pour réclamer une orientation précoce de jeunes supposés incapables d’entrer dans des savoirs complexes...

Chacun est renvoyé à la responsabilité de son devenir, gommant ainsi les questions sociales, les inégalités territoriales… Émancipation et démocratisation ne font pas partie du lexique macronien...

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