Actualité théâtrale

Jusqu’au 9 avril au Théâtre Les déchargeurs

« Une saison chez Césaire »

Rassembler des textes d’Aimé Césaire qui parlent des droits de l’homme, de la cause des Noirs, de la richesse de leur culture et du difficile chemin vers un modèle politique et culturel propre, différent des modèles occidentaux, c’est ce que nous propose Michèle Césaire, la fille d’Aimé Césaire dans ce spectacle, mis en scène par Ruddy Sylaire.
L’œuvre de Césaire est abondante et variée, poésie, théâtre et essais. De cette œuvre, sa fille a retenu quelques poèmes et des extraits de « Les chiens se taisaient », « La tragédie du roi Christophe », « Une saison au Congo », « Une tempête » et « Discours sur le colonialisme ». De cet ensemble se dégagent les grands thèmes qui signent la pensée de Césaire et d’abord la « négritude ». Réaction à l’oppression coloniale et à la volonté d’acculturation des colonisateurs, la négritude est un moyen de se rattacher à la tradition pour imaginer le « Nègre nouveau », dont Césaire souhaite l’avènement, mais aussi et au-delà, une arme visant à promouvoir tous ceux que l’on opprime. Dans son théâtre il s’attache particulièrement aux contradictions et aux impasses auxquels sont confrontés les pays décolonisés et leurs dirigeants, en particulier au drame de Patrice Lumumba dont l’idéal révolutionnaire s’est heurté aux manœuvres intéressées des notables et à l’indifférence des masses qui n’avaient pas encore de conscience politique propre.

Sur scène, dans une lumière chaude qui évoque l’Afrique ou la Caraïbe, des acteurs vêtus de couleurs vives font vivre la parole d’Aimé Césaire. Sur un petit carnet l’un d’eux lit la Déclaration universelle des droits de l’homme, telle que l’a annotée Césaire. Chacun essaie physiquement de se l’approprier et le ton est donné de cette recherche de la reconnaissance des droits et de la dignité si chère au cœur du poète. La musique joue un rôle important dans le spectacle. Les percussions maniées par les acteurs et la danse, avec les pieds qui frappent le sol, subliment le martèlement rythmique et répétitif de la poésie de Césaire. Les comédiens disent le texte avec beaucoup de clarté et font entendre les éclats d’une colère, qui ne s’est jamais laissée étouffer, contre tout ce qui porte atteinte aux droits fondamentaux de l’être humain. A une époque où l’on parle de transférer son corps au Panthéon et où, dans le même temps, l’on méprise certains droits fondamentaux de l’être humain, il est bien instructif d’aller écouter la parole de Césaire que fait vivre cette pièce.
Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 21h45, à 14h les samedis 19 mars et 2 et 9 avril.
Relâche les 24, 25 et 26 mars.
Théâtre Les Déchargeurs
3 rue des déchargeurs, 75001 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 42 36 70 56

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