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Un film de Umut Dag (Autriche)

"Une seconde femme" Sortie en salles le 6 juin 2012

Fatma et Mustapha, un couple d’immigrés turcs, la petite soixantaine, vivent à Vienne avec leurs six enfants dont le dernier n’a que dix ans. Depuis leur installation en Autriche, Fatma s’est efforcée de préserver les traditions et le prestige social de sa famille.

Ayse, une jeune fille de 19 ans a été choisie dans leur village en Turquie pour épouser leur fils aîné et rejoindre la "tribu" familiale.

Mais les épousailles sont factices et la réalité est toute autre. Ayse ne partagera pas la vie de son jeune époux dont on apprendra de sa bouche qu’il est homosexuel.

Elle n’est entrée dans la famille que pour être, selon les vœux de Fatma, la seconde épouse de Mustapha, celle qui la remplacera auprès de ses enfants quand elle aura disparu, elle qui souffre d’un cancer.

Les prévisions de Fatma tombent à l’eau lorsque contre toute attente, au lieu d’elle, c’est Mustapha qui décède subitement, au moment où Ayse lui donnait un septième enfant.

Dès lors que les plans de Fatma sont détruits, l’équilibre de toute la famille est mis à mal et exposée au regard de la communauté.

La tradition selon laquelle l’arrivée d’une seconde femme dans une famille où la menace de la maladie plane sur la première épouse, même si elle n’est pas très courante, existe en Turquie.

Elle est ici rétablie à l’initiative de Fatma, vieillissante et malade, dont l’’identité d’immigrée repose sur le respect des règles de vie liées au pays d’origine.

Umut Dag s’attache à dépeindre, le plus souvent à l’intérieur de la maison, la cohabitation de deux générations de femmes dans une atmosphère à la fois harmonieuse et tendue.

Harmonieuse car le premier souci de Fatma est de sauver les apparences et de passer sous silence tout ce qui pourrait être, entre les membres de sa famille, source d’hostilités.

Tendue car la jeune génération, plus étrangère aux traditions, voit dans la présence d’ Ayse dans la maison, celle d’une intruse avec laquelle elle va devoir rentrer en rivalité.

L’amitié qui s’installe entre Fatma et Ayse n’est pas pour faciliter les relations, même si la jeune fille soumise, laborieuse et efficace, n’offre à ses belles filles aucune raison de la haïr.

"Une seconde femme" n’est pas un film sur l’intégration de la communauté turque en Autriche. C’est au contraire, le portrait d’une société fermée au sein de la société autrichienne, l’histoire d’une famille qui met en opposition des valeurs différentes et qui porte en fardeau son lot universel de secrets et de rancœurs.

Fatma donne l’image d’une figure maternelle puissante et Ayse, malgré ses origines campagnardes, celle d’une très jeune femme qui, derrière douceur et soumission, est prête à lutter contre l’enfermement auquel la condamne son rôle de seconde femme.

"Une seconde femme" est un film grouillant, à la fois chaleureux et cruel, lisse et rugueux.

Il offre à voir deux beaux portraits de femmes.

Francis Dubois

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