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Un film d’Anna Muylaert (Brésil)

"Une seconde mère" Sortie en salles le 24 juin 2015.

Au Brésil, les mères de condition modeste laissent souvent leurs propres enfants dans leurs lieux d’origine pour aller faire la nounou en ville, auprès d’enfants dans des familles bourgeoises.

C’est ainsi que, depuis plusieurs années, Val s’occupe avec un grand dévouement et autant d’enthousiasme du fonctionnement d’une maison aisée.

Elle est devenue une présence indispensable qui ne se limite pas à une efficacité ménagère. Elle est, au fil des années, devenue une seconde mère de Fabinho qui, quoique grand adolescent, trouve souvent refuge dans le giron de sa nounou.

Val n’a pas revu sa propre fille depuis dix ans. Elles se sont toutes les deux un peu "oubliées" mais voilà que Jessica annonce son arrivée à Sao Paulo où elle doit faire ses études d’architecture.

N’ayant nulle part où aller, Barbara est accueillie provisoirement dans la famille qui emploie sa mère. Sa présence sous le toit va bouleverser le quotidien tranquille de la maison.

Cinéma : une seconde mère

Par son sujet, " Une seconde mère " est un film social, mais pas seulement, même si le cœur du sujet tourne autour de la relation employeur-serviteur.

Chaque personnage va légèrement au-delà de la ligne qui le définit.

La femme bourgeoise entretient avec Val une relation aux limites de la complicité ce qui laisse entrapercevoir qu’elle est elle-même, d’origine modeste. L’homme qui appartient au monde artistique est beaucoup plus libre avec les domestiques. Il se permet avec eux des débordements de nature amicale et généreuse.

Val connaît bien sa place dans la maison mais sa personnalité enjouée et son ancienneté dans sa fonction l’amène à mordre le trait même si la ligne est à peine franchie et toujours de façon très maîtrisée

Le fonctionnement de la maison a depuis trouvé un équilibre que l’arrivée de Barbara va bousculer. Son statut d’étudiante en architecture la mettant sur un pied d’égalité avec les employeurs de sa mère, elle se permet des comportements qui vont plonger Val et Barbara dans un malaise face auquel chacune réagira à sa façon.

Au lieu de combler le fossé existant entre maître et employé, les libertés que prend Barbara vont le creuser plus encore et Val qui vivait dans cette maison en toute quiétude, portée par la force des habitudes, va ouvrir les yeux sur la réalité dans les rapports avec ses employeurs qu’elle n’avait jamais perçue.

Anna Muylaert trace avec " Une seconde mère" un récit linéaire qui ne cherche pas à sortir les personnages de leur contour attendu.

Celui de la maîtresse de maison est conventionnel. Une femme sans doute d’origine populaire (bien que ce ne soit jamais stipulé dans le récit) mais qui a réussi et que ses activités professionnelles débordantes ont éloigné non pas de son devoir, mais des élans d’une vraie tendresse maternelle.

La célèbre comédienne brésilienne Régina Casé parvient à mener le personnage de Val hors de tout cliché. Son magnifique naturel donne à sa générosité, à son dévouement autant de douceur que de rugosité. Elle a fait à travers sa gestuelle répétitive, sa façon de se mouvoir, de se déplacer du quotidien de chacun, une sorte de rituel dont il serait prisonnier.

Et c’est là toute sa force, avoir par sa simple présence, érigé un édifice qu’une présence étrangère (fut-elle celle de sa fille) va chambouler.

Alla Muylaert n’a voulu ni surprendre, ni étonner. Elle a choisi pour mener son récit la voie la plus simple et la plus efficace.

Francis Dubois

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