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Un film de Asghar Farhadi (Iran)

"Une séparation" Sortie en salles le 8 juin 2011

Un différend de fond oppose Nader à sa son épouse Simin. Celle-ci, pensant à leur avenir et à celui de leur enfant, voudrait quitter l’Iran et tenter une autre aventure à l’étranger. Nader, lui, sous prétexte qu’il a son vieux père malade à charge, refuse de partir.

A la suite d’une violente dispute, Simin s’en va et Nader est obligé, ne pouvant seul faire face à toutes ses obligations, d’engager une jeune femme qui s’occupera de son père.
Ce que Nader ignore c’est que non seulement Razieh est enceinte mais qu’elle a accepté ce travail sans l’accord de son mari, un homme au chômage, instable et violent.
Jusqu’au jour où, à la suite d’une chute dans l’escalier dont elle rend Nader responsable, Razieh perd son enfant…
Asghar Farhadi dresse son récit avec une telle méticulosité dans son déroulement, une telle précision dans les dialogues, dans l’évolution des rapports entre les personnages, va si loin dans le détail des situations que son film, au lieu de diffuser un message, fait le choix de susciter un questionnement sur l’état actuel de la société iranienne.
La scène d’ouverture donne le ton avec la dispute où s’engage le couple et où il est question de savoir si un enfant a plus d’avenir dans son pays ou à l’étranger.
Et les sujets que pose le film, difficultés économiques, place de la femme dans la société, rapports entre individus de condition sociales différentes, pression de la culture et des réflexes moraux, retombées psychologiques du chômage ou petits arrangements avec la vérité, ne sont pas spécifiquement iraniens mais bien ceux, universels, qui vont au delà des frontières géographiques, linguistiques ou culturelles.
Le film peut, de cette façon, être considéré comme une oeuvre politique, un simple drame humain ou un récit sur l’éthique des relations humaines, l’anecdote et la façon de traiter les situations au confins du réalisme empêchant un étiquetage ciblé.
Asghar Farhadi a mené, pour écrire son scénario, un important travail de recherche auprès de juges, de tribunaux, de conseillers juridiques et la façon dont il brosse les entrevues avec le juge, les méthodes expéditives et le caractère subjectif des décisions, dans un décor qui ne rappelle en rien nos tribunaux, donne souvent au film un aspect documentaire qui vient brouiller encore les pistes.
Si les personnages masculins du film répondent à un schéma plus ou moins machiste, ceux des femmes qui opposent deux types de comportements, correspondent à une double réalité. Comme c’est le cas pour Simin, certaines femmes en Iran luttent pour tenter de retrouver les droits qui leur ont été confisqués. Et Simin, la plus déterminée, est issue de la classe moyenne alors que Razieh, de condition inférieure, cherche une solution immédiate pour sauver sa peau.
Au prétexte de traiter un sujet qui pourrait tenir autant du fait divers que du simple conflit de personnes, Asghar Farhadi réalise avec "Une séparation", un arrêt sur image saisissant de la société iranienne actuelle.
Ce film "au scalpel" qui opère sans égards ni précautions, a valu à l’ensemble de ses interprètes l’Ours d’argent de l’interprétation masculine et de l’interprétation féminine au dernier Festival de Berlin.
Francis Dubois

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