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Roman

« Une vérité si délicate », John le Carré Un roman politique

John le Carré fut un espion et a raconté ses expériences un brin romancées jusqu’à la chute du Mur de Berlin. Ce 9 novembre 1989 marquait la fin d’une architecture du monde, celle de la « guerre froide » suivie par la « coexistence pacifique ». Ce changement de terme ne changeait pas la donne. Le monde se divisait politiquement en deux, les États-Unis d’un côté, l’URSS de l’autre. Comme le résumait dans ses œuvres de science fiction sans robots, « Eux » et « Nous ».

Pour John le Carré, la nécessité se faisait sentir de tenir compte du changement d’architecture. Le monde était désormais divisé économiquement en trois, États-Unis, Japon, Allemagne et les intérêts à défendre se situaient désormais sur le terrain des marchés et non plus de la défense du monde dit libre.

Après quelques hésitations, ses romans sont devenus politiques. Le dernier en date, « Une vérité si délicate » est un acte d’accusation de la politique du New Labour et de Tony Blair en particulier. L’enquête part du rocher de Gibraltar, colonie britannique, en 2008 pour se terminer en 2011. La vérité n’est pas bonne à dire. Les diplomates sont tenus au secret. Surtout sur ces officines privées qui prennent en main les tâches de la défense nationale. Blair a été au-delà de Thatcher en privatisant l’armée, suivant l’exemple états-unien de George W. Bush. Les conséquences sont catastrophiques. Elles se traduisent par le recul du politique, remplacé par des dogmes religieux quelquesfois bien éloignés de la religion elle-même. Ces dogmes cachent les intérêts matériels de cliques, de gangs, qui prolifèrent dans un monde où les valeurs collectives ont disparu.

Qui défend quoi et qui ? L’honnêteté est pourchassée. Surtout se taire. La loi du silence, l’omerta. Sinon c’est la mise à mort. En écho à John le Carré, beaucoup d’affaires – de faux suicides, de vrais meurtres – qui ont défrayé la chronique en Grande-Bretagne.

On se demande à chaque page si l’auteur invente ou simplement remplit les vides de l’information…

Une manière de voir le monde.

Nicolas Béniès.

« Une vérité si délicate », John le Carré, traduit par Isabelle Perrin, Seuil, 329 p.

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