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Un film d’Ann Hui (Hong-Kong)

"Une vie simple" Sortie en salles le 8 mai 2013

Ah Tao a travaillé au service de la même famille bourgeoise toute sa vie. Elle y a croisé quatre générations mais aujourd’hui, elle n’a plus en charge que Roger, le dernier héritier, célibataire, producteur de films de son état, qui a toujours été son préféré. Quand il a été malade elle a veillé sur lui et depuis, elle veille à ne composer pour lui que des repas qui ne peuvent nuire à sa santé.

Elle n’est plus que jamais aux petits soins pour Roger, le materne et le connaît si bien qu’elle anticipe tous ses désirs.

Un jour, c’est elle qui tombe gravement malade et les rôles s’inversent. Malgré son travail très prenant, le quadragénaire prend en charge les soins et le confort de la vieille dame.

Le film d’Ann Hui s’inspire de la vie de Roger Lee, un célèbre producteur de Hong-Kong et des liens d’amitié qui l’ont uni, jusqu’à la mort de celle-ci, à une vieille domestique qui s’était montrée vis-à-vis de lui et de sa famille d’un dévouement total doublé d’une profonde affection.

Les premières scènes d’ "Une vie simple" qui relatent la vie quotidienne de Roger et d’ Ah Tao dans la vaste maison familiale aujourd’hui désertée par le reste de la famille sont d’une extrême sensibilité, d’une touchante vérité dans les sentiments rares qui unissent ces deux êtres totalement dissemblables et pourtant proches et complices.

Elle reste la domestique et lui l’employeur, mais la raideur de la hiérarchie est assouplie par un simple échange de regards, un sourire, un geste, la tonalité de phrases simples échangées.

Il suffit de suivre la vieille dame au marché et de constater avec quel soin elle choisit les ingrédients qui composeront le prochain repas de Roger pour mesurer non pas seulement l’étendue de son dévouement mais aussi l’étendue de la tendresse qu’elle éprouve pour son jeune maître.

Le début du film est magnifique quand il introduit la qualité des liens qui unissent Roger Lee et Ah Tao et décrit leur existence commune comme une association feutrée, ne dérogeant jamais à la règle de la hiérarchie.

Ni démagogie de sa part à lui (Elle prend ses repas debout dans la cuisine pendant que lui se délecte à table des plats qu’elle lui a tendrement cuisinés) ni débordement de sa part à elle (elle refuse de lui préparer la langue de bœuf qu’il réclame parce que le mets lui est interdit par son régime)

Lorsque la vieille dame tombe malade, c’est avec beaucoup de soin et d’exigence que Roger choisit la maison de retraite où elle recevra les meilleurs soins qui réduiront considérablement sa paralysie et lui rendront non pas son autonomie mais lui permettront d’accéder à une existence adoucie.

Ann Hui réussit, avec un sujet qui présentait à chaque instant le risque de tendre vers l’angélisme et le sirupeux, d’éviter la sensiblerie et le larmoiement. Elle doit cette réussite à son propre talent sans doute, mais aussi à ses deux magnifiques interprètes. Deanie Ip, merveilleuse dans les nuances de son jeu, est capable d’exprimer dans le même instant, une lueur d’espièglerie, un voile de tristesse ou un questionnement candide.

Andy Lau, la plus grande star masculine du cinéma asiatique, qui lui donne la réplique, n’est pas en reste. Il interprète cet homme que la vie a adulé, qui est devenu un important producteur de films, mais qui, face à la vieille servante, se laisse gagner par sa solitude d’homme accaparé par sa réussite et par cette bonté, celle humble générosité que peut-être, nulle autre qu’Ah Tao n’aurait su révéler.

"Une vie simple" est l’histoire juste, jusque dans le plus infime détail, d’une amitié exemplaire non pas parce qu’elle est improbable mais parce qu’elle est vraie

Francis Dubois

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