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Un film de Ounie Lecomte (France Corée)

"Une vie toute neuve" Sortie en salles le 6 janvier

Jinhee a 9 ans. A la suite de difficultés de cohabitation avec la nouvelle compagne de son père et leur enfant, elle est placée dans un orphelinat tenu par des religieuses. Elle traverse entre douleur et révolte l’épreuve de la séparation mais finit par se réfugier dans des amitiés et dans le semblant de vie sociale qu’offre l’établissement. Cependant, une nouvelle épreuve l’attend : le départ, une à une, de ses amies lorsqu’elles ont trouvé une famille d’adoption. Ce déchirement la renvoie à chaque fois à son père dont elle ne reçoit aucune nouvelle, dont elle ressent l’abandon comme une injustice et à son désir de plus en plus fort de fuir le pensionnat. Jusqu’au jour où c’est elle qu’une famille adoptive vient chercher.
Pour écrire "Une vie toute neuve", Ounie Lecomte s’est inspirée de son histoire personnelle mais à partir de ce choix trop frontal, il a fallu prendre de la distance avec la réalité afin de construire, avec sa propre histoire, une fiction. Cependant, la narration garde son caractère authentique et il reste dans les détails du récit, dans certaines images fortes, dans la densité du regard de Jinhee, les traces irréfutables du vécu.
Du coup, il n’est plus nécessaire, pour créer l’émotion, de forcer le trait et c’est cette ligne de sobriété dont le film ne se départit jamais qui en fait, avec l’interprétation de Kim Saeron, toute la qualité.
Dans le décor d’un bâtiment vétuste qui abrite une vingtaine d’orphelines de la petite enfance à l’adolescence, s’impliquent des religieuses pédagogues mais peu maternelles, un personnel laborieux et distant. Les sentiments y sont asséchés mais il émerge parfois, dans ce désert affectif, une complicité, une rivalité, une amitié qui apportent un semblant d’humanité dans le déroulement d’une existence basée sur la répétitivité et sur le maintien des rituels.
Du haut des ses 9 ans, Jinhee est une battante. Elle tente de comprendre pourquoi, alors qu’elle a un père, elle se retrouve dans un orphelinat. Ce sentiment d’injustice la tenaille et si elle ne gagne finalement pas le combat qu’elle a mené, si elle se résigne à cette nouvelle vie qui l’attend, elle le fait, la tête haute, avec fierté et détermination.
La rigueur avec laquelle Ounie Lecomte conduit son récit évite toutes les dérives mélodramatiques qui menaçaient. Ni misérabilisme, ni émotion forcée. Mais au contraire, des pointes d’humour, des instants où l’enfant sait quitter la réalité douloureuse pour retrouver une légèreté et une insouciance légitimes.
Francis Dubois

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