Actualité théâtrale

Jusqu’au 14 mai à La Manufacture des Abbesses

« Valentina-Tchernobyl, née pour l’amour »

Voici tout juste trente ans se produisait l’explosion nucléaire de Tchernobyl. Passés les premiers jours, l’URSS a pris conscience de l’ampleur de la catastrophe et a mobilisé entre 600 000 et un million d’ouvriers, de techniciens, d’ingénieurs, venus de Russie, d’Ukraine et de Biélorussie sans savoir ce qui les attendait, pour tenter d’isoler le cœur du réacteur en fusion. Dans «  La supplication, Tchernobyl chronique du monde après l’apocalypse »,  Svetlana Alexievitch, prix Nobel de littérature 2015, s’est entretenue avec des femmes de ces « liquidateurs ». Ce sont les mots de Valentina que la Compagnie Honorine productions a choisi de nous faire entendre, une femme amoureuse qui aime en dépit de tout et assiste impuissante à la destruction, jour après jour, du corps de l’être aimé. La peur, un sentiment d’impuissance face à une situation inédite et imprévue saisissent tous ceux qui sont confrontés à cette horreur. Valentina, qui dit qu’elle était née pour l’amour, luttera jusqu’au bout et son magnifique cri d’amour et de révolte nous bouleverse.

Théâtre : Valentina-Tchernobyl

Sous une lumière douce sur un plateau nu, la voix de Valentina est portée par Coralie Emilion-Languille, seule en scène, longue robe noire et gilet rouge. Elle vibre d’amour, de sensualité semblant caresser de ses mains le corps de l’homme qu’elle aime et qui s’abîme peu à peu, dont le visage se transforme monstrueusement, dont la voix s’efface pour ne plus laisser place qu’au silence. Elle tripote son alliance en parlant, tremble de révolte contre ces médecins et infirmières impuissants, qui la laissent face à la souffrance de son mari, cherchant seule auprès d’autres femmes de « liquidateurs » des remèdes de fortune. À la folie des hommes libérant des forces qu’ils ne maîtrisent plus, elle oppose sa douce folie, celle d’aimer en dépit de l’obscénité de cette mort. Elle vit et elle parle, elle est magnifique.

Micheline Rousselet

Mercredi, jeudi, vendredi et samedi à 19h

La Manufacture des Abbesses

7 rue Véron, 75018 Paris

Réservations : 01 42 33 42 03

Se réclamer du Snes et de cet article : demande de partenariat Réduc’snes en cours.

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • "Sept secondes/ In god we trust" de Falk Richter
    Un pilote de l’armée américaine est suivi dans son quotidien, lequel consiste pour l’essentiel à larguer des bombes sur l’Irak. Il agit avec la concentration et l’application d’un enfant devant ses... Lire la suite (Mars 2008)
  • "Anagrammes pour Faust"
    Certains objets de notre quotidien aspirent comme certains humains à la vie éternelle. C’est le postulat de départ de la pièce. Ce souhait d’éternité nous renvoie à Faust qui, pour ce pouvoir, vendit son... Lire la suite (Mars 2008)
  • "Mère Courage et ses enfants"
    Brecht écrit Mère Courage en 1938, en pleine montée du nazisme. Alors que la menace de guerre plane sur l’Europe, il est contraint de s’exiler... Brecht choisit de situer l’action de Mère Courage... Lire la suite (Mars 2008)
  • Trois textes de Marie Ndiaye sur scène : "Rien d’humain", "Les Serpents", "Hilda"
    Trois metteurs en scène très différents pour servir trois textes de Marie Ndiaye qui traitent de sujets proches, l’autorité, la possession, le vampirisme. La langue de cet auteure singulière va sans... Lire la suite (Mars 2008)
  • "L’Ingénu" d’après Voltaire
    L’Ingénu dit avec franchise et sans retenue ce qu’il pense. Au cours d’un voyage à travers le monde, il s’arrête en Bretagne, l’endroit de ses origines. Il y rencontre l’amour, la religion et des... Lire la suite (Février 2008)